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21/04/2008

Laurent Chalumeau

19f220f169791e4c719991e101ae864c.jpgDeux malfaiteurs et une comtesse sont dans un palace à Cannes. Lequel arnaquera l’autre ? C’est dans cette atmosphère de suspicion, d’impostures et de faux-semblants sous le soleil que Laurent Chalumeau raconte l’aventure de personnages hors du commun. “Les arnaqueurs aussi” (Grasset, 451 pp. env. 20 €) est le cinquième roman de l’auteur des sketchs désormais cultes du duo Garcia-de Caunes. Malgré quelques longueurs, ce polar drolatique à l’écriture très orale permet de s’évader pour quelques heures. A l’image de son précédent roman, “Maurice le Siffleur”, “Les arnaqueurs aussi” fera sans doute l’objet d’une adaptation cinématographique.
Votre style fait penser à celui de Frédéric Dard…
Il y a une espèce d’oralité commune sauf que chez Dard, elle est introduite dans le processus de narration et est au service d’un seul personnage constamment présent. Ce que j’essaie de faire, c’est juste l’inverse : raconter l’histoire en proposant des dialogues sans intervention de l’auteur ou du narrateur et faire oublier l’auteur pour laisser la place aux personnages.
Cela leur donne de la vie ?
C’est ça, l’idée. Pour ce genre d’histoire, j’ai l’impression que toute présence identifiable de l’auteur est de l’ordre de la pollution. L’art consiste à faire croire au lecteur des choses de plus en plus invraisemblables en donnant des effets de réel. Par exemple, j’utilise le participe présent parce que, pour moi, un verbe conjugué c’est déjà un effet de style. Il ne faut pas que le lecteur se rappelle que c’est quelqu’un qui lui raconte une histoire. Pareil pour le verbe “dire” dans les dialogues ; en tant que lecteur, il n’y a rien qui m’ennuie plus que des “ricana-t-il” et autres “renifla-t-elle”. Le verbe “dire”, c’est tellement neutre que les dialogues peuvent ressembler à du cinéma. C’est l’idée, moins on en dit, plus on en voit.
Les deux protagonistes ressemblent beaucoup à deux personnes qui vous sont proches…
Et oui ! C’est Antoine (de Caunes) et José (Garcia). L’idée première, c’était de retailler une histoire à la “Amicalement vôtre” avec José en Tony Curtis et Antoine en Roger Moore. Ils m’ont inspiré. Il y a des gens qui les identifient et cela leur fait plaisir et d’autres qui ne le voient pas et, du coup, je me sens dédouané d’avoir voulu ainsi imposer un casting. C’est win/win, gagnant/gagnant, on imagine ce qu’on veut.
Pourquoi avoir choisi Cannes pour décor ?
Si j’étais Américain, j’écrirais un roman qui se passe en Floride mais comme je suis Français, j’écris sur notre petite Floride à nous, la côte d’Azur. C’est vulgaire, sexy, exotique, dépaysant. Il y a de belles bagnoles, de la flotte, de l’argent, des femmes court vêtues et les mecs qui vont avec… Et pour quelqu’un comme moi qui n’aime pas les descriptions, c’est un endroit que tout le monde a dans l’œil, ne serait-ce que par la télévision ou les photos, on s’imagine tous la Croisette sans y être allé. La moitié du boulot est déjà faite.
“Les arnaqueurs aussi” ? Aussi… ?
Si le titre avait dû être complet, cela aurait été “Les arnaqueurs aussi ont le droit d’être amoureux”. J’ai trouvé ça rigolo de couper. Cela produit un effet intrigant. Je voulais qu’il y ait le mot arnaqueur. C’est la catégorie de malfaiteurs la plus amusante parce qu’on se dit qu’une personne arnaquée n’est jamais totalement innocente. C’est ça, l’idée.
Rencontre parue le 21/12/2007 dans le cahier "Lire" de "La Libre"
Crédit photo : Alexis Haulot

Françoise Dorin : une femme moderne

b675fc5042ab1fb075b22b727bf2f1bc.jpgFrançoise Dorin est de ces femmes dont la joie de vivre semble inébranlable. Pétillante, enjouée, l’auteure de la fameuse pièce de théâtre “La Facture” et parolière de la chanson “Que c’est triste, Venise” interprétée par Aznavour, signe un roman à son image, où le ton léger côtoie avec humour des sujets sérieux.
Lou, féministe convaincue, rencontre Vincent, macho “résistant”, au cours d’une émission de télévision à l’occasion de la publication de leurs livres, “L’adieu au cow-boy” et “La Tarzane”. Choc des cultures et des convictions, pourtant l’amour s’invite. Au-delà de la fiction, dans “En avant toutes !” (Plon, 277 pp. env. 20 €), Françoise Dorin sonde les acquis sociaux et intellectuels des femmes et pose, aujourd’hui, la question de la légitimité des mouvements militants.
Vous écrivez des romans, des pièces de théâtre, des chansons. Avez-vous un genre de prédilection ?
Très sincèrement, j’aime écrire. Tout simplement. J’ai peut-être une petite préférence pour le théâtre. Dans ce roman, il y a beaucoup de dialogues à cause de mon amour du théâtre. C’est un choix. Les personnages sont plus vivants.
A la lecture de votre œuvre, un thème est récurrent : le couple…
Evidemment ! Si on choisit d’écrire sur la vie, on écrit sur le couple. La vie, c’est la famille mais à l’origine de la vie, il y a le couple.
Les relations homme/femme ont beaucoup changé en trente ans ?
Ô combien ! Je vis dans une société complètement différente de celle de mon enfance. Mes parents, par exemple, formaient un couple très uni mais très classique. Mon père avait une autorité tranquille, naturelle parce qu’il avait l’argent. Ma mère s’occupait de la maison. Une femme ne pouvait envisager d’élever ses enfants ou de s’en sortir seule parce qu’elle n’avait pas d’argent. Puis, peu à peu, les femmes ont commencé à travailler, ont acquis une indépendance financière et grâce à cela une émancipation intellectuelle.
Le féminisme et le machisme ont-ils encore une raison d’être ?
Personnellement, je crois qu’on devrait laisser les hommes souffler un peu et faire une pause. Je crois que les jeunes hommes en font autant que les femmes aujourd’hui. Ils cuisinent, s’occupent des enfants et passent même l’aspirateur si on leur demande gentiment. Le plus important, c’est que les femmes soient à égalité avec les hommes, qu’elles aient des libertés, des droits. La dernière bataille sera celle de l’égalité des salaires…
Et les hommes… ?
Les hommes ! Je comprends que cela puisse leur poser un problème. Jusque-là ils étaient sur un piédestal mais on en a sérieusement scié les pieds. Si j’oublie un instant que je suis une femme et que je me mets à leur place, ce n’est pas une position follement agréable. Il faut comprendre que c’est un bouleversement pour eux. Ils sont déstabilisés par cette montée sociale de la femme mais ils y gagnent par une égalité intellectuelle. A l’époque, en général, les femmes restaient cloisonnées dans l’univers de la maison, il y avait peu de sujets de conversation. Aujourd’hui, la vie est plus intéressante parce qu’on peut tout partager. C’est un grand bénéfice.
Mais il ne faut pas tomber dans l’excès contraire. C’est ce que je dénonce un peu dans le livre, quand les hommes commencent à être complexés et avoir des problèmes sexuels parce que la femme fait peur. Il faut trouver un juste équilibre.
Rencontre parue le 26/10/2007 dans le cahier "Lire" de "La Libre"
Johanna de Tessières

Le mystère Werber

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Au-delà de la pure science-fiction, des créatures et des mondes imaginaires, “Le mystère des dieux” invite à une réflexion sur la place de l’homme sur Terre et dans l’univers, le rôle de la religion, et notamment l’influence des dieux. Cette dimension spirituelle et parfois philosophique est au service d’une question cruciale qui structure cette trilogie du “Cycle des dieux” : quelle est l’étape supérieure ?
Ce troisième tome conte l’irrésistible ascension de Michael Pinson, le personnage principal, vers le cercle fermé du divin. Il affronte alors ses concurrents – pour le bien de leurs peuples – sur Terre 18; une guerre mondiale étant parfois inévitable… Se réincarnant dans la peau d’un écrivain mortel, Michel Pinson se met à ressembler étrangement à son créateur. Bernard Werber nous a aidés à dissiper (un peu) le mystère de cette rencontre du neuvième type.
Gabriel, l’écrivain, c’est vous ?
Il y a toujours une part d’exhibitionnisme dans un roman et j’essaie de la réduire au minimum. C’est l’expérience d’un auteur qui est considéré comme un extraterrestre, personne n’a les codes pour le comprendre, pour me comprendre, donc. La situation est assez amusante pour que j’aie envie d’en témoigner dans le roman.
Où puisez-vous l’inspiration ?
Les jeux vidéo m’influencent énormément, tout en est inspiré. Je suis en train de fabriquer un jeu et pendant l’écriture du 3e tome, je jouais à ça. J’ai aussi une bible qui me sert à écrire, un livre/aide à la création du livre.
Qui sont vos lecteurs ?
Plutôt jeunes, les adultes emplis de culture sont un peu désorientés par mes livres alors que les enfants ou les jeunes qui sont toujours dans une phase d’apprentissage sont curieux de la nouveauté. Il ne faut pas avoir peur de l’inconnu.
“Le mystère des dieux”, c’est de la science-fiction ?
Avant, je disais que c’était de la littérature mais en Belgique on aime la science-fiction, alors j’assume ce genre. Pour moi, il n’y a pas de genre. Les genres, c’est pour les faignants qui ne savent pas où classer les bouquins. Ce que j’écris, c’est un livre, je ne fais pas que de la SF, c’est un mélange de philosophie, polar, histoire d’amour, spiritualité, mythologie, j’essaie de faire un lien entre les genres. C’est un livre univers, j’ai créé un univers artificiel qui fonctionne de manière autonome, je ne rend pas de comptes au réel. Ce que je fais ne ressemble à rien qui existe. Dans ce truc bizarre, je suis tout seul, j’offre une alternative aux lecteurs qui en ont marre de la littérature sentimentale parisienne.
Vous écrivez que la science-fiction est plus forte que la religion parce qu’elle ouvre les esprits…
La religion apporte des réponses, la science-fiction apporte des questions. La question amène un travail intellectuel alors que la réponse c’est la soumission. Mais plus que la religion, c’est la spiritualité qu’il faut atteindre. La religion, c’est le prêt-à-porter, la spiritualité c’est du sur-mesure. J’espère apporter un petit peu de lumière dans les ténèbres.
Est-ce que le monde est aux mains de puissants, telle la métaphore récurrente du jeu d’échecs ?
Le jeu d’échecs, c’est vraiment pour jouer. Ce ne sont pas les dieux joueurs que je dénonce mais les didacteurs. Je remarque qu’il y a une sorte de fraternité des salauds parce qu’ils n’ont pas compris qu’être gentil est une forme d’intelligence, pas de faiblesse. Les humains mordent par peur d’être mordus. Je suis convaincu que l’élévation de la conscience est la clef même si je suis réellement pessimiste. J’écris pour devenir plus optimiste.
Vous croyez au destin, à l’éternel recommencement ?
Je crois qu’on a un chemin de lumière, un rail, un parcours mais avec notre libre arbitre nous avons la possibilité de choisir de suivre ce rail ou pas. Je suis dans une phase de questionnement de ce qu’il peut y avoir au-dessus de nous, je ne vais pas dans un temple quelconque pour que quelqu’un m’explique la religion qu’il connaîtrait soi-disant mieux que moi. Mais échanger des idées, rencontrer, c’est bien.
Qui est Edmond Wells, le grand sage ? Et les autres personnages ?
Tous les noms sont codés et je laisse aux générations futures le plaisir de les décoder, mais je peux dire que Edmond Wells, c’est mon grand père, Isidore Werber.
Rencontre parue le 30/11/2007 dans le cahier "Lire" de "La Libre"
Le mystère des dieux
Bernard Werber
Albin Michel,
475 pp. env. 22 €
Crédit photo : Alexis Haulot