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26/09/2008

Nina Bouraoui

33fe7a9ab4985a038712e0d6e3129330.jpgEcoutez Nina Bouraoui lire un extrait de son livre "Appelez-moi par mon prénom" (Stock).

 podcast

Crédit photo : Anne Ferrier/ Stock

19/09/2008

Delphine Bertholon

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Trois voix qui s’entremêlent, trois genres littéraires différents : le récit épistolaire, le journal intime et la narration. Trois personnages reliés qui ne parviennent pas à se retrouver mais tissent la trame d’une histoire passionnante : Madison, 11 ans, est enlevée sur le chemin de l’école par un homme déséquilibré. Enfermée dans une cave, l’écriture d’un journal intime devient son moteur de survie au cours des cinq années de non-existence. Tandis que sa mère lui écrit des lettres pour ne pas accepter la disparition, Stanislas, un jeune enseignant, demeure dans le souvenir de l’amour que Madison lui vouait alors qu’il se débat avec une vie sentimentale tumultueuse. Des personnages qui créent “une cartographie de l’absence”. Avec beaucoup de justesse et d’émotion, Delphine Bertholon explore le thème de la liberté dans “Twist” (JC Lattès, 434 pp., env. 18 €).

L’enlèvement d’enfant est un sujet délicat, surtout avec les affaires récentes…

Mon point de départ, c’est Natacha Kampusch. Cette histoire tellement affreuse et qui se termine comme un conte de fées à la fois m’a fascinée mais je me suis très peu documentée, seulement basée sur le fait divers. Par contre, le fait que la petite fille s’appelle Madison n’a rien à voir avec la petite Maddie/Madeleine parce que j’ai écrit le livre avant. Comme il y a une histoire avec “Twist”, c’était impossible de changer le prénom. C’est un simple hasard malheureux.

Outre l’enfermement, ce sont aussi les états d’âme d’une jeune fille que vous abordez.Comment peindre l’adolescence ?

Cela faisait longtemps que je souhaitais évoquer l’adolescence sans trouver de point de vue original. J’ai relu tous mes journaux intimes, ce qui n’est pas forcément un exercice agréable… J’avais oublié à quel point les enfants sont cruels entre eux, c’est horrible d’avoir 12 ans ! Mais c’est un âge intéressant dans la mesure où il s’agit d’une transition, sans doute le moment de la vie où l’on est le plus vivant car le champ des possibles est infini, la chrysalide devient papillon. Avec Madison, j’ai voulu montrer comment cette petite fille laisse percevoir la femme qu’elle devient peu à peu. Développer la question de la force de vie dans des conditions d’enfermement est un paradoxe qui m’intéressait.

La solitude aussi ?

Tous les personnages sont très seuls. Quand on est seul, on est confronté à soi-même. On est obligé de réfléchir à la raison pour laquelle on est là, ce qu’on fait…

Au fond, c’est un roman sur la liberté ?

J’ai choisi un sujet pour parler du contraire. Evoquer la liberté en traitant une séquestration. Il y a une forme d’apprentissage, plus qu’un roman de la disparition, c’est un roman de l’apparition. Chacun apprend. Je souhaitais surtout montrer comment cette petite fille est infiniment plus libre que tous les gens qui sont dehors parce qu’ils ont cette tendance à s’enfermer dans de mauvais schémas alors que nous sommes libres de nos mouvements. La capacité à être heureux, c’est aussi un état d’esprit et on l’oublie parfois. Pour être heureux, il faut déjà le décider et ne pas se laisser enfermer par tout un tas de parasites.

Photo : Tanguy Jockmans

03/07/2008

Isabelle Autissier

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Isabelle Autissier s’est aventurée en Géorgie du Sud, île proche de l’Antarctique.

Accompagnée de trois alpinistes et de deux marins, elle a mené un projet inédit.

Rencontre avec la navigatrice

Les cinquantièmes, les initiés en frissonnent. Dans ces mers du bout du monde, peu d’hommes osent s’aventurer. Pourtant, c’est à bord d’Ada, voilier de quinze mètres à la coque en alu, qu’Isabelle Autissier a mené une expédition aux confins de la Terre. Après deux mille kilomètres de navigation à l’est d’Ushuaïa, l’île de roc et de glace à la faune subantarctique impressionnante est en vue.

Le début d’une aventure inédite initiée par la navigatrice et Lionel Daudet, guide de haute montagne, accompagnés de deux autres marins et montagnards, prend forme. Réunis par leur esprit d’aventure, ils ont décidé de découvrir la Géorgie du Sud, île extrêmement isolée faisant partie du territoire d’outre-mer britannique, les alpinistes, en la traversant, les marins, en la contournant, épreuves rendues difficiles par les conditions climatiques.

 Pendant presque trois mois, les six aventuriers gravissent des sommets et affrontent les vagues glacées dans une expérience de partage intense. En osmose, les montagnards commencent à naviguer tandis que les marins sont initiés à l’escalade. Discipline à laquelle Isabelle Autissier a pris goût puisqu’elle rendra visite à Lionel Daudet l’été prochain, à la découverte des Alpes... Cette confiance commune née sur La montagne posée sur la mer, ils ont décidé de la partager en racontant leur aventure dans Versant Océan.

 En forme d’abécédaire, pour être “plus libres” et “parler seulement de ce qui est important”, ils livrent au cours des brefs chapitres – tels “peu” ou “zen” – leurs expériences mais aussi leurs réflexions car de cette aventure, au-delà de la performance sportive, ce sont leurs valeurs communes qu’ils souhaitent transmettre : solidarité (dans la cordée comme dans l’équipage), aventure, sagesse.

Isabelle Autissier, comment est la Géorgie du Sud ?

C’est un endroit très inconnu, lointain et complexe pour y arriver. Cela représente tout ce que j’aime : aller au-devant d’une incertitude. Bien entendu, on essaie de préparer et on s’entoure d’un maximum de précautions mais j’apprécie quand les choses ne nous sont pas données, qu’elles ne sont pas trop simples. La Géorgie du Sud, c’est une nature quasiment vierge qui vous donne beaucoup de perspective sur ce que vous êtes, c’est-à-dire, un élément d’un ensemble vivant qui, a priori, n’a pas besoin de vous pour exister.”

On se sent tout petit ?

 “Oui et en même temps, on ressent la spécificité pour l’être humain d’être à cet endroit. Mais bien sûr, on est petit, il suffit d’une vague pour retourner le bateau, d’une avalanche, on n’est rien et pourtant, notre spécificité d’être humain, qui est de penser, fait que l’on réussira si on comprend. Si on entre en connivence avec cet endroit, ses règles, son fonctionnement, c’est là que cela devient intéressant. C’est pour cela qu’il faut du temps.”

Il y a aussi une dimension écologique à votre voyage ?

 “Pour moi, c’est important d’en parler et c’est pour cette raison que j’ai écrit ce livre. J’aurais très bien pu y aller avec des copains pour m’amuser et ne rien dire à personne. Pourtant, ce serait presque trahir ces endroits. Les tour-opérateurs ne nous ont pas attendus pour aller en Géorgie du sud. Mais une meilleure connaissance partagée peut permettre de mieux défendre et protéger cet endroit. Ce que l’on ne connaît pas, on ne peut pas le défendre. Pourquoi ne pas laisser aux gens le bonheur de voir ces endroits dans une dimension stricte et respectueuse ?”

Vous avez partagé cette aventure avec des montagnards...

“Chacun avec ses objectifs, pour nous, contourner l’île, pour les alpinistes, la traverser, nous avons partagé des fondamentaux presque philosophiques : pourquoi est-on là ? Qu’est-ce qui nous enthousiasme ? Qu’est-ce qui nous tient à cœur ? En confrontant nos diverses pratiques, on découvre qu’on a beaucoup de choses en commun : la notion de risque, l’esprit d’aventure, la solidarité, l’équipage, la cordée. Le côté humain est presque aussi important que ce qu’on a fait sur l’île.” L’aventure, c’est le risque, donc la sagesse du renoncement... Vous en aviez parlé avant de partir ? “Bien sûr, on en a beaucoup parlé parce que je pensais que les montagnards étaient des casse-cou. J’ai vite changé d’avis. Les gens qui étaient avec moi avaient acquis le fait que pour pouvoir être un bon montagnard, il faut savoir renoncer et que ce n’est pas une honte, bien au contraire. Il arrive que la nature ne nous laisse pas passer et bien, on ne passe pas sinon nous courons à la catastrophe. Par exemple, le Sugartop, ils ont essayé trois fois et n’ont pas réussi. De même, c’était ma responsabilité de dire si on pouvait aller les chercher ou pas, ils ont parfois attendu longtemps.”

 La Terre est si petite aujourd’hui, comment l’esprit d’aventure peut-il perdurer quand il reste si peu de chose à explorer ?

“L’esprit d’aventure, c’est s’engager fortement et aller au-devant d’un inconnu, de l’accepter. Nous, on part en se disant qu’on va essayer d’aller là-bas. On aurait pu ne pas y arriver. Après deux jours, on a cassé la bôme, si on avait démâté, ça se serait arrêté là. On a accepté. Il faut se couler dans une réalité et comprendre les règles du jeu.”

Malgré les conditions difficiles, vous semblez avoir pris beaucoup de plaisir à ce voyage. C’est un rêve de plus qui se réalise ?

“Oui ! C’est la boîte à bonheur. Finalement, le manque de confort vous permet de vous concentrer sur l’important. On s’allège, on se libère l’esprit pour s’occuper de l’essentiel. Cette démarche me permet d’aller au fond des choses et quand je rentre, j’ai le sentiment d’avoir approché ma vraie nature, ce que je suis vraiment et cela me permet de mieux vivre ici. Je suis plus authentique, plus proche de moi-même. Ce n’est pas le risque pour le risque, c’est un outil qui permet d’aller plus loin parce que c’est inhérent à cette histoire-là. Ces moments qu’on a vécus tous ensemble sont très forts, pleins d’harmonie. Quand on a connu des accomplissements pareils, ça vous aide à vivre, ça vous accompagne.”

Crédit photo : Johanna de Tessières