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16/09/2008

Philippe Blasband

Quand l'extraordinaire s'immisce dans la vie de personnages ordinaires

4de4b4933c2dea8dacff3d55cd891e59.jpgUn an après la sortie du film "Irina Palm" avec Marianne Faithfull, réalisé par Sam Garbarski, paraît le roman à partir duquel Philippe Blasband a construit le scénario. L'intrigue, transposée en Angleterre, à la manière de "The Full Monty", dans le film se déroule en réalité à Bruxelles.

Ancienne hôtesse d'accueil à la RTBF, Maguy veille sur son petit-fils, Félix, atteint d'une maladie orpheline. Les parents se détournant de leurs responsabilités, Maguy doit trouver une solution pour financer un traitement extrêmement cher qui, seul, permettrait de le sauver. Malheureusement, à son âge, personne ne veut l'employer. C'est donc désespérée qu'elle tombe par hasard sur une affichette dans le quartier de la gare du Nord : "Cherchons hôtesse".

Dans une petite pièce sombre du "Sexy Fun", elle redevient "hôtesse" : les hommes affluent en nombre pour avoir le privilège d'obtenir les soins de celle qu'on appelle désormais "Irina Poignet", si consciencieuse qu'elle sera atteinte d'un "pénis elbow".

AVEC HUMOUR ET PUDEUR

On reconnaît l'influence du cinéma dans l'écriture de l'auteur-scénariste belge Philippe Blasband - "Le tango des Rashevski", "De cendres et de fumées", "Le livre des Rabinovitch". Des phrases courtes, précises, imagées, font se dérouler l'action en saynètes.

Comme un conte social, tout en pudeur et retenue, Philippe Blasband peint le portrait de personnages délicats qui révèlent une force de caractère insoupçonnée. "Une hôtesse, c'est fort comme un soldat", se répète la grand-mère à longueur de temps pour se donner du courage. C'est le portrait d'une femme dont l'inquiétude la dévore tant que la litanie, "Il faut que je trouve de l'argent, il faut que je trouve de l'argent, il faut que je trouve de l'argent..." devient insupportable. La solution s'impose alors, à n'importe quel prix.

Philippe Blasband interroge l'amour, ici, l'amour d'un enfant, ou, jusqu'à quelle extrémité peut-on s'avilir pour la protection d'un autre. Jusqu'où l'espoir, comme la lumière de la guérison, peut-il être entretenu ?

Pourtant, si "Irina Poignet" aborde des thèmes graves, mêlant injustice, adversité, trahison et déception, le petit roman ne touche pourtant jamais au larmoyant. Au contraire, c'est avec beaucoup d'humour, légèreté et drôlerie que l'écrivain décrit les tribulations de Maguy, alias Irina, sans jamais tomber dans le graveleux. Il a l'art de raconter l'histoire de personnages ordinaires embrigadés dans des situations extraordinaires. La cocasserie l'emporte alors sur le vent du fatalisme car c'est la beauté de l'histoire qui compte, pas la dénonciation d'une réalité troublante. Ainsi, quand le maquereau intraitable se révèle pétri d'amour ou quand l'enfant tant chéri déçoit sa grand-mère, ce conte moderne effleure les forces et les faiblesses des hommes, avec tendresse.

Une fable sur l'audace et le courage au féminin.

 

Irina Poignet Philippe Blasband, Le Castor Astral, 160 pp., env. 13 €

12/09/2008

Serge Bramly

a37d146ddefd87b8c582c250ea14c9c5.jpgEcoutez Serge Bramly présenter son livre "Le Premier principe Le second principe" (J-C Lattès).
podcast

 

 

Photo : Tanguy Jockmans

Serge Bramly

fe66a155b20a6855d28383fbd11829ca.jpgEssayiste, romancier, amateur de photographie, Serge Bramly, né à Tunis en 1949, livre un roman surprenant qui retrace la face cachée de l’Histoire de la fin du XXe siècle. “Le premier principe Le second principe” (JC Lattès, 614 pp., env. 22 €) révèle toutes les affaires d’État au travers de quatre personnages, une princesse britannique, le photographe qui la traquait, un marchand d’armes suisse, un Premier ministre français qui pourrait s’appeler Pierre Bérégovoy. Depuis le mariage de lady Di en 1981 jusqu’à l’aube du XXe siècle sur les bords de la mer de Chine, Serge Bramly extrait la vérité des dissimulations et mensonges éhontés, avec un souffle littéraire ambitieux mais subtil.

Pour retracer l’histoire secrète de ces trente dernières années, vous avez dû effectuer un grand travail de documentation ?

Oui, mais c’était agréable. En réalité, je voulais écrire un livre qui se déroulerait dans les années 80 avec un photoreporter comme héros parce que ce métier est extraordinaire. En une journée, ils peuvent photographier une miss nue dans sa chambre d’hôtel puis assister à un discours au parti socialiste et à un colloque à la Sorbonne et finir par un concert de rock. J’aime cette idée d’avoir un pied dans toutes les couches de la société.

Qui est Max Jameson, votre héros ?

Ce photographe a été très proche d’un certain Premier ministre suicidé, il était aussi sur les traces d’une princesse, il avait une Fiat uno… C’est très romanesque, cet homme lié à deux disparitions tragiques et qui, lui-même, est décédé dans des circonstances pleines de mystère.

Tout est vrai. Rien n’est vrai. C’est un roman”. L’exergue sème le trouble…

Dans les faits, tout est vrai. Dans leur agencement et leur interprétation, rien n’est vrai. C’est le propre du roman. Je suis au plus près de la réalité mais je fais quand même jouer l’imagination dans ce que la vérité me laisse comme intervalles.

Quels sont ces deux principes de la thermodynamique ?

Ces lois ont été découvertes lors de la machine à vapeur mais on s’est rendu compte qu’elles sont universelles, applicables au cosmos. Le premier principe explique que tout corps se refroidit au contact d’un corps froid et que dans un système clos, le désordre est croissant. C’est proche de la pensée chinoise avec le yin et le yang. Dans la philosophie occidentale, on se définit par l’essence alors que dans la civilisation chinoise, on se définit par rapport à l’autre. On est quelqu’un vis-à-vis de quelqu’un. Ce sont aussi les procédés du roman. On commence par définir les personnages dans leurs rapports les uns aux autres. L’entropie, c’est aussi explorer la manière dont cela va évoluer.

Vous avez dit admirer les séries américaines pour leur maîtrise de la narration…

Elles m’influencent beaucoup. Sur le fait que le livre soit long et qu’il y ait beaucoup de personnages dont les vies s’entremêlent. Elles réinventent quelque chose qu’on avait oublié : une histoire peut se raconter de manière linéaire mais aussi de dizaines d’autres façons. Du point de vue technique, les scénaristes sont des génies. La brillante invention du “flash forward” en est l’illustration. La maîtrise de l’intrigue et de la narration est incroyable. Cela renoue avec la littérature de feuilletons du XIXe siècle, Alexandre Dumas par exemple.943a5c0eee9506e49676234848efc06d.jpg
Photo : Tanguy Jockmans