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09/05/2008

Marion Ruggieri

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L'auteure trentenaire peint une histoire d'amour entre un père et sa fille.

Découvrez les premières pages de "Pas ce soir, je dîne avec mon père": http://download.saipm.com/pdf/lire/ruggieri.pdf

 

Ce qui est gênant avec les parents, c'est qu'ils ne meurent jamais. Ou qu'on les aime trop." Avec cette première phrase, Marion Ruggieri, responsable des pages cultures du magazine "Elle" et chroniqueuse à Paris Première, France Inter et France Info, donne le ton de son roman partiellement autobiographique, "Pas ce soir, je dîne avec mon père" (Grasset, 218 pp., env. 16,90€). L'auteure trentenaire peint une histoire d'amour entre un père et sa fille, père presque sexagénaire sérieusement atteint de jeunisme, obsédé par son teint hâlé et l'hydratation de sa peau tandis qu'elle compte ses heures de sommeil et s'agrippe à l'enfance. De ce portrait d'une génération de faux jeunes, Marion Ruggieri évoque la confusion des âges avec un style enlevé, drôle et parfois cruel.

 

Est-ce un constat personnel qui vous a donné envie d'écrire ce livre?

Le journalisme, c'est le contraire de parler de soi. Parler à la première personne était obscène pour moi. Alors j'ai écrit ce roman comme si personne n'allait le lire. Pour la question du vécu, je crois que pour qu'un écrit ait de l'intérêt, il faut quelque chose de vrai. Il y a un brouillage qui s'est fait naturellement parce que beaucoup de choses intimes et sincères sont enchâssées mais ce n'est pas autobiographique.

 

Vous dressez le portrait de deux générations...

J'ai beaucoup de tendresse pour le personnage du père. Il fait partie de la génération qui a inventé l'adolescence et qui n'a jamais voulu en sortir. Là ou le bât blesse, c'est la concurrence entre le père et la fille pour une même vie. Le livre n'est pas contre les soixante-huitards parce que la génération suivante est encore pire. Les faux jeunes se multiplient tandis que les vrais jeunes sont de plus en plus rares.

 

Même si la fille reste enfant, elle devient presque la mère de son père?

Oui, il y a une inversion des rôles. Tout va bien jusqu'au jour où il lui présente sa fiancée qui est plus jeune qu'elle. Cela devient presque incestueux et elle ne le supporte plus.

 

On retrouve, en filigrane, les maux de notre société moderne : l'infantilisation, l'individualisme...

Le père est léger, insouciant et il en joue. C'est un gamin qui se laisse glisser sur le parquet, il y a donc une déresponsabilisation de la société adulte. On veut s'occuper de soi, de soi, de soi. Les parents prennent le large au moment où les enfants devraient prendre leur indépendance donc ils le vivent mal, ils ne veulent pas de parents si cool. Pourtant, je n'ai pas voulu écrire un livre revendicatif, c'est une simple histoire d'amour entre un père et sa fille. Elle aimerait avoir un père plus traditionnel qui perd ses cheveux et, en même temps, elle ne le troquerait pas contre un autre. Comment désaimer un être si sympathique?

 

Est-ce une forme de progrès ?

Il y a sans doute un rééquilibrage à effectuer, trouver un juste milieu. Ado, on a besoin de règles et de limites pour pouvoir les enfreindre. On se contruit contre un ordre établi et là, tout est plus compliqué parce qu'on ne s'oppose pas à quelqu'un de gentil. Quand l'héroïne sera mère à son tour, elle fera le contraire, presqu'une bonne claque et au lit. Aujourd'hui, on réfléchit au fait qu'un enfant, ça s'éduque.

Credit photo : Christophe Bortels

19:35 Publié dans Rencontres | Lien permanent | Commentaires (0)

Penser l'amour avec Aude Lancelin et Marie Lemonnier

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C’est en se rendant compte du peu de recherches consacrées aux théories de l’amour en philosophie que Marie Lemonnier et Aude Lancelin, journalistes au “Nouvel Observateur”, se sont intéressées à ce sujet.

 Dans une langue précise mais accessible, les auteures de “Les philosophes et l’amour” mettent au jour les pensées des grands philosophes tout en livrant certains aspects de leur vie sentimentale. Cet éclairage nous permet de découvrir des facettes méconnues de ces grands hommes et les rend plus proches, plus humains à nos yeux – ou pas… car ils adoptent presque tous un comportement très prudent vis-à-vis des femmes et de l’amour.

Si Socrate déclarait ne rien savoir “sauf sur les sujets qui relèvent d’Eros”, il n’en était pas de même pour Kant ou Schopenhauer. De Lucrèce à Sartre en passant par Kierkegaard et Hannah Arendt, Aude Lancelin et Marie Lemonnier nous ont expliqué le rapport des philosophes à l’amour.

 

Aude Lancelin, dans l’introduction, vous écrivez “La philosophie de l’amour est un territoire à investir et à découvrir urgemment”. Qu’est-ce qu’il y a de si essentiel à transmettre?

 Aujourd’hui, l’amour est omniprésent, la sexualité surtout. Pourtant, la peinture qui en est faite dans les romans traite de la pornographie et de l’échec, c’est une vision dégradante qui nous donne le sentiment que l’amour est une valeur à défendre, en tout cas à repenser. C’est très important parce qu’avec le nihilisme et l’avilissement des corps, l’amour a trouvé son arme de destruction.

 Pourquoi avez-vous choisi de rendre votre livre accessible et non pas destiné à un public d’initiés ?

On l’a aussi voulu comme une forme d’initiation à la philosophie. La question de l’amour peut être une main tendue. Par cette question, il me semble qu’on peut arriver à expliquer des concepts de manière simple. En suivant le fil de l’amour, on a un éclairage humain et clair sur des choses humaines et essentielles.

Marie Lemonnier, pourquoi avez-vous choisi de mettre en parallèle les théories des philosophes avec leur propre vie amoureuse ?

 Souvent, leurs œuvres sont déclenchées par des éléments de leurs vies privés. Par exemple, à la suite d’une rupture avec sa jeune fiancée, Kierkegaard va produire la plus grande œuvre qui soit sur le sujet, “Le journal d’un séducteur”. Parfois, il est amusant de constater des divergences entre ce qu’ils théorisent et ce qu’ils pratiquent… Un Nietzsche assez critique sur le mariage moderne a eu envie, à un moment de sa vie, de s’engager dans "le petit mensonge endimanché”. Il cherchait une femme désespérément, adepte du speed dating avant l’heure, quelques heures avec une demoiselle lui suffisant pour la demander en mariage. Ces histoires ne sont pas là pour dégrader l’image de ces grands hommes, bien au contraire.

A. L., est-ce qu’ils étaient parfois en conflit entre leur qualité d’homme destiné à aimer et de génie voué à produire une œuvre magistrale ?

Les philosophes ne sont pas des hommes comme les autres. Ces génies consacrent leur vie à leurs œuvres, l’amour est à leurs yeux la chose la plus irrationnelle qui soit.

M. L., quel est leur rapport à la sexualité ?

 Il y a de grands opposés. Montaigne et Nietzsche font une vraie défense du charnel alors que Kant pense qu’on est rabaissé au niveau de la bête. Chez Montaigne, la sexualité c’est presque le plus important de l’amour, pour Nietzsche, tout grand amour prend d’abord racine dans le sensuel.

Aude Lancelin ?

On veut nous faire croire aujourd’hui que faire l’amour est une hygiène de vie alors que c’est faux, ce n’est pas comme boire un verre d’eau. Sartre, malgré ses multiples aventures, expliquait très bien que faire l’amour engage toute une personne.

08/05/2008

Qu'est-ce qu'aimer lire?

9516fc2169429393f90d630c47d267b8.jpgIl y quelques jours, Daniel Pennac posait une question sur la page d'accueil de Yahoo ! : "Que voulez-vous dire quand vous dites: "J’aime lire" ?"

A cette question, des dizaines de réponses.

Au hasard:

 Ninon : "ça veut dire que je rencontre des personnages incroyables"

Andrea : "Aimer se plonger dans des univers parallèles"

Hele19 : "Aimer découvrir de nouveaux horizons"

Jade : "J'aime me couper de mon quotidien"

Micheline : "J'aime m'évader, voyager"

On se rend compte que ces personnes veulent simplement sortir de l'ordinaire. Sont-ce ces mêmes personnes qui lisent les auteurs contemporains, ceux qui vendent le plus en France (Marc Lévy, Anna Gavalda, Guillaume Musso) ? Si c'est le cas, bizarre, bizarre.... La tendance actuelle est une utilisation maximale du quotidien pour dire aux gens : Votre vie peut devenir un roman, vous n'avez qu'à faire un pas de côté et tout peut être différent, la vie est belle, il suffit de le vouloir.

Question problématique...

C.P.

Crédit photo : Johanna de Tessières

16:20 Publié dans Billets | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Pennac