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02/12/2008

Bernard Werber

paradis sur mesure.jpgDepuis “L’Arbre des possibles” (Albin Michel), paru en 2002, Bernard Werber n’avait plus expérimenté la forme brève. Après le cycle des Anges et la trilogie des Dieux, “Paradis sur mesure” apparaît comme une récréation. L’architecte du futur explique dans son avant-propos : “Les histoires courtes me semblent une forme de littérature du futur pour une raison simple : les gens sont de plus en plus pressés. Plutôt qu’un grand et long périple, chaque nouvelle est une petite promenade exotique”. Pourtant, c’est à un voyage d’envergure que Bernard Werber prépare ses lecteurs car, il l’avoue lui-même, nombre de ces nouvelles portent en germe l’ébauche d’un futur roman, “un laboratoire à idées”, écrit-il sur son site internet.
Ces dix-sept histoires d’inégales longueurs (de 2 à 70 pages), semblent rassembler les fruits de l’imagination de l’auteur de science-fiction regroupés en deux catégories : les “passés probables” et, surtout, les “futurs possibles”, terrains de jeux d’anticipation favoris.
EXPÉRIENCES, PROBABILITÉS
La nouvelle me semble la base même de l’artisanat d’auteur”, note Bernard Werber, un espace d’expérimentation, à l’instar du tour de magie qui donne son titre au recueil. Dans “Paradis sur mesure” l’écrivain, de sa plume leste et parfois sommaire, continue à expérimenter les thèses originales et les procédés narratifs. Les “passés probables”, personnels, faisant montre d’une certaine pointe de cynisme, sont souvent rédigés à la première personne du  singulier, comme autant d’explorations des métiers qu’il aurait pu exercer, journaliste provincial, garde du corps, détective privé…
Pour les “Futurs possibles”, on retrouve les thèmes récurrents de l’œuvre de Bernard Werber, l’autodestruction de l’humanité, l’utopie d’un monde sans nations, l’univers des fourmis, l’humour, le génie incompris de ses contemporains, les civilisations perdues, etc. Les nouvelles, riches et variées, ont pour point commun la représentation d’un monde subjectif, condamnant les erreurs des hommes dans les “passés probables” et démontrant les excès et les limites de la Terre telle qu’elle pourrait devenir dans les “futurs possibles”. Il raconte un monde essentiellement féminin, un monde où le cinéma gouvernerait, un monde sain où les pollueurs seraient pendus…
La critique de la société de consommation et du capitalisme constitue le fil directeur de “Paradis sur mesure” même si Bernard Werber, pour expliquer certaines conséquences et convaincre le lecteur, initie quelques réflexions et raccourcis scientifiques parfois irritants. Pourtant, ces univers surréalistes teintés de la naïveté caractéristique de l’auteur témoignent de la recherche d’un esthétisme idéal, comme la nouvelle “Le sexe des fleurs” où les hommes se reproduiraient comme des végétaux.
Malgré la fragilité stylistique, ce recueil de nouvelles démontre à quel point le laboratoire d’imagination de Bernard Werber, véritable doux rêveur, ne tarit pas et ne cessera de produire des mondes où tout est possible, son “Paradis sur mesure”.
Paradis sur mesure
Bernard Werber
Albin Michel, 435 pp., env. 22,50 €
Crédit photo : Alexis Haulot

28/11/2008

Daniel Charneux : "Nuage et eau"

nuage et eau.jpgUnsui ”, nuage et eau, moine itinérant. D’une écriture fluide, pure et simple, Daniel Char neux raconte la vie de Ryokan (1758 à 1831), moine zen japonais. Une vie intense, proche de l’essence du monde, en communion avec la nature, comblée par le vol des oiseaux, les jeux des enfants, le vent dans les feuilles, la croissance d’un bambou et les ricochets à la surface de l’eau. De sa belle écriture calligraphiée, Ryokan fige ces bonheurs purs pleins de sérénité avec des haïkus transcendés au crépuscule de sa vie par une rencontre avec une moniale, sage et aérienne, de quarante ans sa cadette, avec qui il entretint une correspondance poétique.

Unsui ”, nuage et eau, moine itinérant. D’une écriture fluide, pure et simple, Daniel Char neux raconte la vie de Ryokan (1758 à 1831), moine zen japonais. Une vie intense, proche de l’essence du monde, en communion avec la nature, comblée par le vol des oiseaux, les jeux des enfants, le vent dans les feuilles, la croissance d’un bambou et les ricochets à la surface de l’eau. De sa belle écriture calligraphiée, Ryokan fige ces bonheurs purs pleins de sérénité avec des haïkus transcendés au crépuscule de sa vie par une rencontre avec une moniale, sage et aérienne, de quarante ans sa cadette, avec qui il entretint une correspondance poétique.

Ce roman biographique, “Nuage et eau” (Luce Wilquin, 230 pp., env. 20 €), Daniel Charneux – professeur de français et directeur d’école –, l’a écrit après avoir reçu le prix Charles Plisnier en 2007 pour “Norma, roman”, comme s’il avait fallu un signe. Et si le récit de cette vie d’ascète semble si juste, empli d’images poétiques, c’est parce que Daniel Charneux a lui-même pratiqué le zen plusieurs années.

Comment avez-vous découvert Ryokan ?

Par les haïkus. J’ai acheté un recueil de Ryokan par hasard et j’ai immédiatement été fasciné par son œuvre et, plus tard, grâce à une biographie, par sa vie.

Vous avez publié “Pruine du temps”, un recueil de haïkus. Qu’est-ce que ce genre représente pour vous ? Quelles sont les contraintes ?

Un haïku, c’est un regard instantané sur les choses. Comme une photographie avec des mots. Le haïku classique contient dix-sept syllabes en trois séquences, il existe aussi des haïkus libres mais j’aime cette musique de dix-sept syllabes, les contraintes techniques sont indispensables à toute forme d’art.

La fluidité et la simplicité de l’écriture ressemblent à la beauté pure du haïku.

En tant que professeur de français, la beauté existe quand il y a adéquation entre la forme et le fond. Si cela fonctionne, cela me réjouit. J’ai essayé de raconter cette histoire de la manière la plus limpide, la plus classique, sans effets de manche.

La vie de Ryokan est-elle exemplaire ?

C’est un idéal que vous partagez ? Oui. Il suffit de s’interroger un peu sur nos vies. On ne comprend plus rien au monde, on passe le plus clair de son temps à des choses pas très nécessaires, il y a une phrase qui dit “on perd sa vie à la gagner”. Notre vie est faite de superflu et on oublie souvent l’essentiel. Ryokan comprend qu’un bol, une hutte, le vêtement qu’il porte et la lune dans le ciel suffisent. Les meilleurs moments que l’on a vécus sont toujours liés à l’émotion, une rencontre, un chevreuil qui passe dans un bois… rien de matériel. Ce retour à l’essence même des choses est l’idéal bouddhiste, il pourrait aussi être mon idéal.

Dans la vie de Ryokan, il ne se passe rien et, pourtant, elle est si riche, si remplie…

C’était un défi sans doute. Pour écrire au début, je m’obstinais à entrer en méditation puis je m’installais pour écrire un chapitre et dans cette solitude, je m’obligeais à ressentir les mêmes conditions de vie que le moine reclus. Cette sensation de vie remplie, c’est la beauté de l’union entre le vide apparent et le plein réel alors que nos vies sont plutôt inversées, apparemment pleines mais en réalité vides.

 

25/11/2008

Olivier Poivre d'Arvor

le voyage du fils.jpgUne femme, étrangère, à Paris. Recluse dans une chambre à Belleville qu’elle partage avec quatre ou cinq autres personnes, elle est venue chercher une vie meilleure. Alors qu’elle n’est pas concernée, la police frappe à la porte, et, paniquée, elle saute par la fenêtre.
C’est à partir de ce fait divers qu’Olivier Poivre d’Arvor a construit son roman, “Le voyage du fils”, dans la sélection du prix Renaudot. “Plus tard, quand j’ai lu que le fils allait faire le voyage de Chine pour ramener les cendres de sa mère, cela m’a beaucoup ému. Au-delà du jugement politique, cette histoire qui pourrait nous arriver, celle d’une mère et son fils, j’avais envie de la raconter.” Dans cette fin, l’écrivain, diplomate, directeur de l’Association française d’action artistique (AFAA, ministères des Affaires étrangères et de la Culture et de la Communication, devenue en 2006, CulturesFrance), se rend à Fushun dans le nord de la Chine pour rencontrer ce fils, puis il fera de même à Belleville où il s’imprégnera “de la peur à la tombée de la nuit, de ce cosmopolitisme incroyable”.
“Le voyage du fils” était né."
EFFETS DE MIROIRS
Accueilli par Thomas Schwartz, un écrivain, “la bonne conscience occidentale”, Fan Wen Dong , le fils, découvre que la vie idéale décrite dans les lettres de sa mère était bien loin de la réalité – la misère, la précarité, peut-être même la prostitution. L’incompréhension le gagne comme un immense vertige, lui, qui, comme sa mère, représente la figure de l’étranger, dans un monde totalement hermétique. Mais Anne Latour entre dans sa vie, à la faveur d’un accident de voiture. Grande bourgeoise du VIe arrondissement, elle réalise un documentaire sur Marguerite Duras; l’histoire d’amour se greffe à la sinistre réalité, devenant presque une fable. L’ombre de l’écrivaine plane alors sur le roman, avec la figure exotique de “L’Amant” chinois. “J’aime écrire avec quelqu’un d’autre”, explique Olivier Poivre d’Arvor. “Marguerite Duras m’a accompagnée au long de l’écriture.
Dans cette mise en scène de Paris, les personnages sont poétiques et sensibles, Olivier Poivre d’Arvor joue avec les effets de miroir et manie gracieusement la langue sans trop s’éloigner de l’image du “héros du XXe siècle, cet anonyme qui va du Sud au Nord contraint au déracinement pas seulement parce que l’herbe est plus verte ailleurs mais parce que c’est le désespoir total, une extrémité.
Olivier Poivre d’Arvor se défend d’avoir écrit un roman engagé, militant, mais en mettant les enjeux des sans-papiers en lumière, même s’il ne s’agit pas du cœur du “Voyage du fils”, avant tout sentimental, romanesque, romantique, il touche à la politique… et au rôle de la littérature. “Il n’y a pas que la loi et l’ordre qui doivent donner un avis sur l’immigration, l’émotion doit parler également. Je suis très surpris de remarquer que notre littérature est autocentrée, très peu engagée dans le réel alors que le monde est là, à tout instant.”
Tout en oppositions, mêlant fiction et réalité, Olivier Poivre d’Arvor livre une étrange histoire d’amour pleine de passion et de désillusion, un face-à-face entre l’exilé et la privilégiée. Orient et Occident.
Le voyage du fils
Olivier Poivre d’Arvor
Grasset,
248 pp., env. 16,90 €
Crédit photo :