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09/09/2008

L'ombre de la guerre plane sur Harvard

 

bef51139141cedbb33df02a6ea88bf61.jpgNick McDonell dresse un portrait sombre des étudiants de la plus prestigieuse université

On a déjà entendu parler de Nick McDonell lors de la parution de ses deux premiers romans, "Douze" (Denoël), traduit en plus de vingt langues qu'il écrivit à l'âge de dix-sept ans - on avait alors cité Brett Easton Ellis pour comparaison - et "Le Troisième frère" (Denoël), en 2005. Pour son troisième, (il a aujourd'hui 24 ans), l'écrivain continue de sonder l'Amérique. Après avoir dressé le portrait sans concession d'une jeunesse "upper class", et abordé la tragédie du 11 septembre, c'est l'université la plus prestigieuse du pays qu'il raconte dans "Guerre à Harvard".

Harvard mais, surtout, ses étudiants, et Nick McDonell les connaît bien puisque c'est sa promotion qu'il décrit, la promotion 2006.

JEUNESSE DÉSABUSÉE

Il esquisse, d'une écriture brève et précise, le quotidien de la supposée future élite qui se révèle curieusement abrutissant et ennuyeux. Parmi eux, il y a Mark, le fondateur de Facebook, Quinn et Izzy qui se cherchent, s'épousent et dérivent, Jenny, la fille aux cheveux roses, " trop cool " et Will, qui s'est engagé comme réserviste. Cette jeunesse qui aspire à réussir vit totalement refermée sur elle-même, regardant les informations télévisées en courant sur un tapis roulant. Cette image de stagnation face à un monde virtuel en mutation illustre ironiquement la situation des étudiants qui tiennent la cadence grâce aux drogues et au café, comparant leurs records de nombre d'heures passées sans dormir.

Entre les visites de la CIA qui tente de débaucher des cerveaux, la télévision et les soirées très arrosées, la jeunesse, indifférente, vaniteuse et accablée, a des préoccupations qui émergent parfois. Les personnages se rendent compte que chacun a des problèmes d'alimentation et de sommeil, et que le dicton sur les femmes de Harvard, "Saine d'esprit, sexy et célibataire, aucune [...] ne peut être les trois à la fois". Comme un sursaut, ils s'inquiètent. "Un étudiant en littérature comparée a dit un jour que nous avions trois, et seulement trois problèmes. Le premier c'était l'alcool. Le deuxième, l'amour. Le troisième était le joker. Dans son cas à lui, c'était Dire l'indicible, son étude [...] Pour d'autres, ça pouvait être la politique, le sport, les parents fous, un trouble de l'alimentation, peu importe."

Ce regard morcelé en courts chapitres, comme des touches de peinture que porte Nick Mc Donnel est âpre et sombre. Car sur ces étudiants promis à un brillant avenir, les décideurs de demain, plane l'ombre de la guerre en Irak.

Dans cette vie en vase clos, les nouvelles de la guerre sont distillées au fur et à mesure et s'incrustent dans leur quotidien. Sans jamais aborder l'Irak directement, Nick McDonell compare cette guerre extérieure qui les concerne pourtant à leur petite vie protégée à l'intérieur de l'école, comme s'ils se trompaient de combat.

 

Guerre à Harvard Nick McDonell traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Samuel Sfez, Flammarion, 95 pp., env. 12 euros

 

28/05/2008

Marc Levy : l'interview intégrale

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Crédit photo : Alexis Haulot

"Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites" (Robert Laffont), le huitième roman de Marc Levy, vient de paraître. Dans ce livre, les recettes habituelles : des bons sentiments... Tout pour plaire. Sauf que les banalités se succèdent et l'on ne retient rien de vraiment intéressant, marquant, original. Même le recours au surnaturel tient du ressort dramatique pour faire avancer l'intrigue... une bonne lecture d'été quand même.

L'interview intégrale de Marc Levy :

J'ai lu que vous n'oseriez pas vous qualifier d'écrivain...

En fait, il y a une question qui m’a souvent été posée par les journalistes “Vous considérez-vous comme un écrivain?” C’est une question un peu étrange. Avec le temps, j’ai compris ce que signifiait le sens caché de cette question. En France, l’écrivain n’a pas une valeur de fonction mais de titre et c’est très prétentieux de s’attribuer des titres à soi-même. C’est aux lecteurs de décider si je suis écrivain, c’est comme la diffrénce entre artisan et artiste.

Vous avez écrit votre premier livre pour votre livre. Aujourd'hui, écrivez-vous pour quelqu'un ?

On écrit toujours un peu pour quelqu’un et même à quelqu’un.

Avez-vous une technique d’écriture ?

J’ai une discipline mais pas de tics. J’écoute de la musique, parfois fort, c’est une façon de décoller. Il m’arrive parfois, sans m’en rendre compte, au moment de décrire la gestuelle d’un personnage, de la faire moi-même.Je m’interdis d’écrire “Julia est triste ou Julia est gaie”. Ma question, "c’est qu’est ce que je vais faire faire à Julia pour faire comprendre qu’elle est triste?"

Travaillez-vous en relation étroite avec votre éditeur ?

Je lui envoie le manuscrit quand il est fini. Ensuite on se retrouve chez moi et on bosse pendant quatre jours et il me pose énormément de questions. On s’amuse beaucoup, ce n’est pas du tout un travail de correction, c’est un vrai travail de partage.

Vous vous inspirez beaucoup des choses et des gens qui vous entourent?

Bien sûr, le métier de romancier ne peut se faire qu’à partir du moment où vous regardez ce qui se passe autour de vous.

Le message de "Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites" c'est le paradoxe entre notre société de communication et le fait que personne ne s'écoute ni ne se comprend?

Exactement. L’écriture de ce roman est partie d’un constat: on est dans une société où l’on communique de plus en plus vite, de plus en plus loin avec de plus en plus de gens et on ne se dit pourtant pas beaucoup plus de choses. On communique par Internet avec quelqu’un qui se trouve à dix mille kilomètres mais l’on n’arrive pas à parler avec la personne qui se trouve dans la pièce d’à côté. J’accorde une grande importance à ce qu’on se dit. Je crois qu’il faut une grande humilité pour dire “je t’aime” à quelqu’un par exemple. Il faut avoir la force de vaincre la pudeur de la dire.

Est-ce qu'il est nécessaire qu'un événement tragique survienne pour prendre concsience de l'importance de se parler ?

J’ai 46 ans, j’ai donc quelques amis qui ont perdu leurs parents. Il y a vraiment deux deuils : le deuil des parents et le deuil des choses qu’ils ne se sont pas dites.

Peut-on dire que le voyage de Julia et son père est un voyage initiatique ?

C’est un nouveau regard sur sa propre fille, sur ce qu’elle a vécu. Deux choses sont au coeur du roman: pendant toute une partie de la vie, on est l’enfant de ses parents et rien d’autre. Prendre son envol, c’est essayer de défaire ces liens et à un moment la vie nous rattrape et on devient le parent de quelqu’un. Il y a une dualité.Il y a un moment bouleversant où l’on doit regarder ses parents avec un regard d’adulte.

Avez-vous fait un travail d'enquête sur les villes qu'il traversent ?

J’ai connu chacune de ces villes mais je n’ai pas fait ce voyage. Sacha Guitry disait “Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventé du début à la fin”. Une fiction n’a de sens que si elle est ancrée dans une vraie réalité. Il y a un travail de repérages, de documentation.

Dans tous vos romans, un leitmotiv : l'amour...

C’est ce que j’aime peindre. C'est la palette des sentiments humains qui m’intéresse le plus. On peut rencontrer le type le plus odieux, le plus con, au moment où il tombe amoureux, il devient terriblement humain.

C'est pour cette raison que vous avez plus de lectrices que de lecteurs...

Ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a de toutes façons plus de lectrices que de lecteurs. Dans n’importe quelle librairie, il ya sept femmes pour trois hommes.

Votre passion pour le cinéma vous influence-t-elle?

Le métier de romancier, c'est de créer des images avec des mots, le métier de réalisateur c’est de donner vie à des mots avec des images. "Les trois mousquetaires" et "Les misérables", par exemple, on se rend compte à la lecture que ce sont des films !

16/05/2008

L'interview de Guillaume Musso

Guillaume Musso est un phénomène. Avec quatre livres vendus à plus de 3 millions d’exemplaires, il figure parmi les écrivains les plus lus en France et en Belgique. Malgré cet immense succès, le jeune auteur de trente-quatre ans, professeur d’économie 1459f91dfbe9b2bb22ecc884b394c18c.jpgdans un lycée international, reste humble et disponible, toujours surpris par l’engouement de ses lecteurs avec qui il entretient d’étroites relations.

 “Je reviens te chercher” mêle les trajectoires de trois personnages à la dérive, Ethan, Jessie et Céline, qui vont se croiser sans savoir que ces rencontres prendront une importance cruciale dans leurs vies. Un roman sur le choix, la seconde chance et l’amour. Des thèmes qui, sans doute, plairont et toucheront de nombreux lecteurs.

Comment créez-vous les personnages ?

Souvent, on me dit qu’ils sont humains parce qu’ils ont des failles et des doutes. Pour développer cette humanité, j’écris des mini-biographies, de leur naissance à leur mort, et même si je ne garde que 5 pc à la fin, cela m’aide à créer des personnages de chair et de sang.

Vous allez aussi sur les lieux où se déroule l’action du roman, ici New York et Boston...

J’ai cette chance. C’est un luxe mais il n’y a pas de descriptions à rallonge dans mes livres, j’essaie plutôt de transmettre une atmosphère, l’air du temps. C’est un peu un travail de journaliste, je fais des repérages avec mon appareil photo.

Peut-on dire que c’est une technique littéraire?

Il n’y a pas de méthode, il y a seulement des choses que j’ai l’habitude de faire. Ecrire un roman reste une activité artisanale qui nécessite de l’émotion.  L’essentiel est de créer avec ses tripes, avec sensibilité. J’essaie toujours d’écrire des livres que j’aimerais lire. Bien sûr, il y a du travail, l’écriture est un voyage douloureux et solitaire, il faut accepter de se faire mal. J’aime cette phrase d’Anna Gavalda: “Il faut beaucoup travailler pour faire croire qu’on ne s’est pas foulé”. Comme la fameuse ligne claire en B.D., la recherche de la simplicité, c’est l’art suprême.

On vous compare justement souvent à Marc Levy, Anna Gavalda... Avez-vous le sentiment d’appartenir à un courant littéraire?

Je suis dans le camp des auteurs raconteurs d’histoire, pas écrivains du moi et c’est un point commun avec eux. J’aime qu’on me raconte quelque chose, vibrer avec les personnages. Mais je ne pense pas appartenir à un courant.

Dans vos romans, les personnages se retrouvent souvent face à la mort et c’est le cas d’Ethan et Jessie dans “Je reviens te chercher”. Est-ce nécessaire de confronter la vie à la mort pour se rendre compte de l’importance du moment présent ?

J’ai eu un accident de voiture qui m’a beaucoup marqué à l’âge de 23 ans. J’ai frôlé la mort et pris conscience que la vie, on sait quand ça débute mais pas quand ça se termine. Il faut se concentrer sur les choses importantes et pas accessoires. Facile à dire, pas facile à mettre en place! Souvent, soit on est trop tourné vers le passé, on a de la nostalgie, des regrets, soit on est penché vers un futur hypothétique et l’on risque de passer à côté de la seule vraie vie: le moment présent.

Les personnages finissent parfois par se relever ...

J’aime beaucoup l’idée de seconde chance. Notre grandeur humaine, c’est de se relever après être tombé. Un proverbe de samouraï japonais dit: “Tomber 7 fois, se relever 8”. J’aime décrire des personnages en phase de reconquête de leur vie. D’où cette idée de faire vivre à Ethan la pire journée de sa vie et de tout lui faire perdre. Peut-on en une journée racheter des erreurs de toute une vie?

Croyez vous au destin?

On vit dans un monde où les contraintes pèsent sur nous. Pourtant, il y a des degrés de liberté, la possibilité de faire des choix dans un environnement particulier. Je ne crois pas au destin tout puissant, au fait que tout soit écrit, mais il y a certaines évidences dans la vie. J’aime y croire lors de rencontres amoureuses, penser: “J’étais destiné à la rencontrer”.

L’adaptation cinématographique de “Et après...” sortira au mois d’octobre. L’avez-vous vue?

Oui, elle est formidable! Je craignais une version édulcorée mais ce n’est pas du tout le cas, les acteurs sont épatants, il y a beaucoup d’émotion. C’est un beau film qui respecte le roman, je crois qu’il plaira aux lecteurs.

Propos recueillis par Camille Perotti

Crédit photo : Alexis Haulot