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09/05/2008

Penser l'amour avec Aude Lancelin et Marie Lemonnier

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C’est en se rendant compte du peu de recherches consacrées aux théories de l’amour en philosophie que Marie Lemonnier et Aude Lancelin, journalistes au “Nouvel Observateur”, se sont intéressées à ce sujet.

 Dans une langue précise mais accessible, les auteures de “Les philosophes et l’amour” mettent au jour les pensées des grands philosophes tout en livrant certains aspects de leur vie sentimentale. Cet éclairage nous permet de découvrir des facettes méconnues de ces grands hommes et les rend plus proches, plus humains à nos yeux – ou pas… car ils adoptent presque tous un comportement très prudent vis-à-vis des femmes et de l’amour.

Si Socrate déclarait ne rien savoir “sauf sur les sujets qui relèvent d’Eros”, il n’en était pas de même pour Kant ou Schopenhauer. De Lucrèce à Sartre en passant par Kierkegaard et Hannah Arendt, Aude Lancelin et Marie Lemonnier nous ont expliqué le rapport des philosophes à l’amour.

 

Aude Lancelin, dans l’introduction, vous écrivez “La philosophie de l’amour est un territoire à investir et à découvrir urgemment”. Qu’est-ce qu’il y a de si essentiel à transmettre?

 Aujourd’hui, l’amour est omniprésent, la sexualité surtout. Pourtant, la peinture qui en est faite dans les romans traite de la pornographie et de l’échec, c’est une vision dégradante qui nous donne le sentiment que l’amour est une valeur à défendre, en tout cas à repenser. C’est très important parce qu’avec le nihilisme et l’avilissement des corps, l’amour a trouvé son arme de destruction.

 Pourquoi avez-vous choisi de rendre votre livre accessible et non pas destiné à un public d’initiés ?

On l’a aussi voulu comme une forme d’initiation à la philosophie. La question de l’amour peut être une main tendue. Par cette question, il me semble qu’on peut arriver à expliquer des concepts de manière simple. En suivant le fil de l’amour, on a un éclairage humain et clair sur des choses humaines et essentielles.

Marie Lemonnier, pourquoi avez-vous choisi de mettre en parallèle les théories des philosophes avec leur propre vie amoureuse ?

 Souvent, leurs œuvres sont déclenchées par des éléments de leurs vies privés. Par exemple, à la suite d’une rupture avec sa jeune fiancée, Kierkegaard va produire la plus grande œuvre qui soit sur le sujet, “Le journal d’un séducteur”. Parfois, il est amusant de constater des divergences entre ce qu’ils théorisent et ce qu’ils pratiquent… Un Nietzsche assez critique sur le mariage moderne a eu envie, à un moment de sa vie, de s’engager dans "le petit mensonge endimanché”. Il cherchait une femme désespérément, adepte du speed dating avant l’heure, quelques heures avec une demoiselle lui suffisant pour la demander en mariage. Ces histoires ne sont pas là pour dégrader l’image de ces grands hommes, bien au contraire.

A. L., est-ce qu’ils étaient parfois en conflit entre leur qualité d’homme destiné à aimer et de génie voué à produire une œuvre magistrale ?

Les philosophes ne sont pas des hommes comme les autres. Ces génies consacrent leur vie à leurs œuvres, l’amour est à leurs yeux la chose la plus irrationnelle qui soit.

M. L., quel est leur rapport à la sexualité ?

 Il y a de grands opposés. Montaigne et Nietzsche font une vraie défense du charnel alors que Kant pense qu’on est rabaissé au niveau de la bête. Chez Montaigne, la sexualité c’est presque le plus important de l’amour, pour Nietzsche, tout grand amour prend d’abord racine dans le sensuel.

Aude Lancelin ?

On veut nous faire croire aujourd’hui que faire l’amour est une hygiène de vie alors que c’est faux, ce n’est pas comme boire un verre d’eau. Sartre, malgré ses multiples aventures, expliquait très bien que faire l’amour engage toute une personne.

06/05/2008

Les Noirs et les Blancs

c9444661f02bbf4848defc613fd4bc8b.jpgA travers le thème de la négritude, Dan Franck exprime son amour de l'écriture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous voulez découvrir les trois premières pages du "Roman Nègre"? Cliquez ici :

 http://download.saipm.com/pdf/lire/franck.pdf

 Dan Franck fait partie de ces écrivains si passionnés et talentueux qu'ils prêtent parfois leur plume à de moins doués qu'eux. Soixante-deux fois précisément pour Dan Franck et c'est Taro, le protagoniste du "Roman Nègre", qui l'affirme, parole de nègre. Même si Dan Franck n'écrit plus pour d'autres depuis une dizaine d'années - jamais de romans, précise-t-il -, il a choisi de décliner le thème de la négritude en plusieurs variations, "je ne pensais pas écrire un jour sur la négritude, parce que les mémoires des nègres, ça veut dire qu'on donne des noms et c'est inintéressant. En même temps, il y a matière à roman et il s'agit d'un roman parce que ce sont des gens qui jouent sur l'écriture dans des milieux très différents."

Pour Dan Franck, écrire pour d'autres consistait en un simple travail, duquel il ne s'est jamais senti dépossédé car il "comprenait les mécanismes d'appropriation" qu'il a "laissés faire sans velléités d'identité." Si l'auteur paraît si détaché de ses travaux d'écriture, c'est parce que la qualité de son oeuvre, signée de son nom, est reconnue et a été récompensée, tels "Les Calendes grecques" (Calmann-Lévy), prix du Premier roman, et "La Séparation" (Seuil), prix Renaudot. Son secret : ne jamais se prendre au sérieux, "cela m'a toujours amusé d'écrire pour les autres et je ne me suis jamais mis à la place des Blancs. C'est tant mieux parce qu'ils n'ont rien à dire. J'échangeais des bouquins avec mes copains nègres, je me suis beaucoup amusé et surtout jamais pris au sérieux."

Touche-à-tout, Dan Franck s'essaie à tous les genres : "J'écris des scénarios de films et de téléfilms et des romans, seul, et des romans avec Jean Vautrin et des bandes dessinées pour Casterman avec Marc Veber, et beaucoup d'autres choses... J'aime changer de plume, passer d'une écriture à une autre pour varier les plaisirs, prendre du recul sur ce qu'on écrit, se reposer d'un livre sur un autre : on change de monde à chaque fois."

UN ROMAN

A la manière d'un polar, le "Roman Nègre" comprend trois intrigues étroitement enchevêtrées, nées du désir de l'auteur de réunir ces histoires. "Un jour, j'ai écrit un livre avec un footballeur qui s'appelle Z., champion du monde et n°10 de l'équipe de France, et ce que je regrettais, c'est de ne pas avoir parlé du milieu qui entourait ce joueur. C'était très intéressant pour le romancier que j'étais, ces personnages un peu fous, un peu mafieux, hauts en couleur. Il y a eu aussi l'histoire d'un film que j'ai essayé de faire autour des otages du Liban en 1984. Pour ce film, j'ai rencontré beaucoup de gens, tous les otages, les émissaires secrets envoyés par le président Mitterrand, les espions.... j'ai mené un vrai travail d'enquête. Deux choses m'ont intéressé : la négociation qui représente pour moi le plus grand scandale politique de ces dernières années, et l'histoire d'un médecin juif assassiné par les preneurs d'otages. Je n'ai pas pu faire le film et cela m'a obsédé ; comme je suis écrivain, je me suis dit que je m'en sortirais par l'écriture. Enfin, l'invention du personnage de Blanche Nègre qui pousse jusqu'à l'absurde le principe de la négritude ".

Construit de manière vertigineuse, le "Roman Nègre" démontre une nouvelle fois que Dan Franck manie la plume avec habileté et qu'il maîtrise les règles du "jeu littéraire" : "Tout se retrouve dans la même énigme et c'est ce qui fait le roman, il y a une confluence et cela tient dans une seule main : celle de l'écrivain."

Histoires d'amour et d'amitié, rapports de force entre "Blanc et Noir, Blanc qui n'écrit pas, Noir qui écrit, Blanc qui parle et Noir qui enregistre", jeux de dupes et cruauté, le "Roman Nègre" n'est pas une critique retentissante du milieu éditorial mais, avant tout, l'expression de son amour de l'écriture.

Alors que paraissent d'autres livres sur le même thème, mémoires de nègre, dénonciations, le "Roman Nègre" s'inscrit véritablement dans la fiction, les anecdotes réelles s'entremêlant aux faits imaginaires, n'ayant d'autre but que raconter une histoire même si, dans une fin qui ne manque pas de sel, Dan Franck joue de nouveau au chat et à la souris avec son métier de nègre : et s'il n'était pas le seul auteur de son livre ?

"Roman Nègre", Grasset, 312 pp., env. 18,90 €

Rencontre parue dans le cahier "Lire" du 02/05/2008

Crédit photo : Christophe Bortels

Camille Perotti

 

28/04/2008

Ecouter des livres

f6c4c38578e767d63bbbb711e4e8b5f0.jpgLes livres audio existent depuis longtemps en France et en Belgique, mais ils étaient souvent destinés aux enfants ou aux personnes souffrant d’une incapacité à lire. Désormais, les initiatives de développement du livre audio pour adultes se multiplient; tels “Ecoutez lire” qui compte déjà une soixantaine de titres pour les éditions Gallimard et “Audiolib”, pour les éditions Hachette, Albin Michel et France Loisirs, dirigé par Valérie Lévy-Soussan. Lancé le 13 février avec douze titres grand public, “Audiolib” étoffe peu à peu son catalogue : Milena Agus, Jean-Christophe Grangé, Marc Levy, Amélie Nothomb, Douglas Kennedy, David Servan-Schreiber… Sa particularité ? Proposer des titres de livres récents en version intégrale grâce aux C.D. mp3 qui peuvent contenir plus d’une dizaine d’heures d’enregistrement, et créer une véritable place pour les livres audio au sein des librairies, pas seulement au rayon multimédia.
Valérie Lévy-Soussan, comment tout a commencé ?
En Allemagne et en Angleterre, le marché du livre à écouter progressait très vite mais en Belgique et en France, l’offre restait très limitée même s’ils existaient depuis longtemps. Cette nouvelle tendance est favorisée par les lecteurs mp3.
“Audiolib” s’adresse-t-il à tout type de public ?
Oui, pour tous les âges. Ce n’est pas seulement pour les personnes âgées ou celles qui ont des problèmes de vue, mais pour des gens qui ont envie d’écouter une histoire chez eux ou en voyage, en voiture.
Pourquoi ressemblent-ils aux livres et combien ça coûte ?
La ressemblance, c’est pour associer immédiatement le livre audio au livre papier. L’idéal, c’est qu’ils soient côte à côte dans la librairie. Ils sont au même prix, parfois le livre audio coûte un ou deux euros de plus mais pas plus !
Comment choisissez-vous les narrateurs ?
Il faut quelqu’un qui sache lire d’une manière particulière parce qu’il ne faut pas trop jouer. Les auteurs qui lisent leurs propres textes, comme Eric-Emmanuel Schmitt ou Philippe Grimbert, c’est une bonne chose, cela introduit une dimension de témoignage. Sinon, ce sont des comédiens que l’on choisit en fonction de leur voix et de leurs affinités avec le texte.
Diversifierez-vous le catalogue ?
Pour le lancement, nous avons choisi des titres de livres qui se sont très bien vendus. Plus tard, on fonctionnera plutôt avec des coups de cœur puis en expérimentant d’autres genres. Pour l’instant, on peut écouter de la littérature et des livres de psychologie ou de développement personnel.
Qu’est ce que cela apporte à l’auditeur d’écouter les livres plutôt que de les lire ?
C’est une manière d’entendre le texte. On entend des choses qui nous ont échappé à la lecture parce qu’on lit souvent très vite. Parfois, on ne s’attache pas suffisamment à la musicalité et le fait de dire et d’écouter, cela rend vivant un texte. Aujourd’hui, on est de plus en plus devant des écrans, les gens ont besoin d’écouter des textes collectivement et de partager leurs découvertes. La trace émotionnelle de la voix est aussi très importante, elle porte beaucoup d’affect.
Rencontre parue dans le cahier "Lire" du 25/04/2008