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22/05/2008

L'interview de Gilles Haumont

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Dans un avenir proche, une manipulation génétique extermine en quelques jours toute la population du continent nord-américain. À la suite de ce terrible accident, une institution est créée afin de contrôler et monopoliser les recherches génétiques mondiales : INGEN. Alors que Guillaume Beaumont, brillant généticien français, fait ses débuts à l’INGEN avec deux de ses amis, une série de meurtres se produit au sein de la petite communauté si bien gardée.
Gilles Haumont, directeur d’un réseau de magasins de joaillerie à New York, évoque la génétique et la question de l’éthique à travers la confrontation des théories sur l’origine de l’homme dans “L’Origine du mal” (Anne Carrière, 430 pp., env. 22 €)
Quand on travaille dans les affaires, comment devient-on écrivain ?
J’ai fait des études scientifiques puis j’ai changé de direction, mais j’ai toujours beaucoup lu et gardé ce rêve d’écrire. Un jour, j’ai commencé à me passionner sur le thème de la génétique et à prendre des notes. Je voulais évoquer deux problèmes, l’un scientifique, l’autre – de manière humble –, philosophique.
Pourquoi la génétique ?
C’est passionnant ! La date du décodage complet du génome, en 2000, va rester dans l’histoire de l’humanité. On a vraiment le mode d’emploi complet de fabrication d’un être humain. Sur les plans scientifique, philosophique et humain, c’est un immense pas en avant. Et puis, le darwinisme est étonnant. C’est la dernière grande théorie du XIXe siècle encore en cours. Toutes les lois de Newton ont été revues de fond en comble par Einstein, la vision de l’infiniment petit a éclaté lors de l’arrivée de la physique quantique, etc. Seul le darwinisme s’est renforcé. Je crois qu’on est à la veille d’une révolution. Dans “L’origine du mal”, j’ai voulu confronter le darwinisme au créationnisme et à l’intelligent design.
Allons-nous vraiment vers un eugénisme de cette ampleur ? Une institution comme l’INGEN peut-elle voir le jour prochainement ?
On va très vite prendre conscience que la génétique est une technologie à risque, très puissante et très dangereuse. Demain matin, on arrivera à créer de petits organismes de toutes pièces. Il est très difficile de maîtriser la technologie nucléaire; alors, la génétique, ce sera encore plus compliqué. On devra sans doute contrôler les choses avec beaucoup plus de force parce que n’importe qui sera capable de manipuler le génome dans sa cuisine. Le clonage humain, c’est pour demain.
Même si le roman est un tout, vous variez les genres…
Cela m’a amusé de jouer avec des genres connus, mais sans faire de parodie, parce que je voulais multiplier les portes d’entrée vers plusieurs univers.
“Guillaume Beaumont”, cela ressemble à Gilles Haumont…
C’est un clin d’œil, un moyen de jouer avec l’idée de faire une projection de moi-même. Mais ce n’est pas moi !
Ce roman vous a-t-il donné envie de continuer à écrire ?
Je crois que le virus a pris…
C.P.
Crédit photo : Christophe Bortels

16/05/2008

L'interview de Guillaume Musso

Guillaume Musso est un phénomène. Avec quatre livres vendus à plus de 3 millions d’exemplaires, il figure parmi les écrivains les plus lus en France et en Belgique. Malgré cet immense succès, le jeune auteur de trente-quatre ans, professeur d’économie 1459f91dfbe9b2bb22ecc884b394c18c.jpgdans un lycée international, reste humble et disponible, toujours surpris par l’engouement de ses lecteurs avec qui il entretient d’étroites relations.

 “Je reviens te chercher” mêle les trajectoires de trois personnages à la dérive, Ethan, Jessie et Céline, qui vont se croiser sans savoir que ces rencontres prendront une importance cruciale dans leurs vies. Un roman sur le choix, la seconde chance et l’amour. Des thèmes qui, sans doute, plairont et toucheront de nombreux lecteurs.

Comment créez-vous les personnages ?

Souvent, on me dit qu’ils sont humains parce qu’ils ont des failles et des doutes. Pour développer cette humanité, j’écris des mini-biographies, de leur naissance à leur mort, et même si je ne garde que 5 pc à la fin, cela m’aide à créer des personnages de chair et de sang.

Vous allez aussi sur les lieux où se déroule l’action du roman, ici New York et Boston...

J’ai cette chance. C’est un luxe mais il n’y a pas de descriptions à rallonge dans mes livres, j’essaie plutôt de transmettre une atmosphère, l’air du temps. C’est un peu un travail de journaliste, je fais des repérages avec mon appareil photo.

Peut-on dire que c’est une technique littéraire?

Il n’y a pas de méthode, il y a seulement des choses que j’ai l’habitude de faire. Ecrire un roman reste une activité artisanale qui nécessite de l’émotion.  L’essentiel est de créer avec ses tripes, avec sensibilité. J’essaie toujours d’écrire des livres que j’aimerais lire. Bien sûr, il y a du travail, l’écriture est un voyage douloureux et solitaire, il faut accepter de se faire mal. J’aime cette phrase d’Anna Gavalda: “Il faut beaucoup travailler pour faire croire qu’on ne s’est pas foulé”. Comme la fameuse ligne claire en B.D., la recherche de la simplicité, c’est l’art suprême.

On vous compare justement souvent à Marc Levy, Anna Gavalda... Avez-vous le sentiment d’appartenir à un courant littéraire?

Je suis dans le camp des auteurs raconteurs d’histoire, pas écrivains du moi et c’est un point commun avec eux. J’aime qu’on me raconte quelque chose, vibrer avec les personnages. Mais je ne pense pas appartenir à un courant.

Dans vos romans, les personnages se retrouvent souvent face à la mort et c’est le cas d’Ethan et Jessie dans “Je reviens te chercher”. Est-ce nécessaire de confronter la vie à la mort pour se rendre compte de l’importance du moment présent ?

J’ai eu un accident de voiture qui m’a beaucoup marqué à l’âge de 23 ans. J’ai frôlé la mort et pris conscience que la vie, on sait quand ça débute mais pas quand ça se termine. Il faut se concentrer sur les choses importantes et pas accessoires. Facile à dire, pas facile à mettre en place! Souvent, soit on est trop tourné vers le passé, on a de la nostalgie, des regrets, soit on est penché vers un futur hypothétique et l’on risque de passer à côté de la seule vraie vie: le moment présent.

Les personnages finissent parfois par se relever ...

J’aime beaucoup l’idée de seconde chance. Notre grandeur humaine, c’est de se relever après être tombé. Un proverbe de samouraï japonais dit: “Tomber 7 fois, se relever 8”. J’aime décrire des personnages en phase de reconquête de leur vie. D’où cette idée de faire vivre à Ethan la pire journée de sa vie et de tout lui faire perdre. Peut-on en une journée racheter des erreurs de toute une vie?

Croyez vous au destin?

On vit dans un monde où les contraintes pèsent sur nous. Pourtant, il y a des degrés de liberté, la possibilité de faire des choix dans un environnement particulier. Je ne crois pas au destin tout puissant, au fait que tout soit écrit, mais il y a certaines évidences dans la vie. J’aime y croire lors de rencontres amoureuses, penser: “J’étais destiné à la rencontrer”.

L’adaptation cinématographique de “Et après...” sortira au mois d’octobre. L’avez-vous vue?

Oui, elle est formidable! Je craignais une version édulcorée mais ce n’est pas du tout le cas, les acteurs sont épatants, il y a beaucoup d’émotion. C’est un beau film qui respecte le roman, je crois qu’il plaira aux lecteurs.

Propos recueillis par Camille Perotti

Crédit photo : Alexis Haulot

 

09/05/2008

Marion Ruggieri

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L'auteure trentenaire peint une histoire d'amour entre un père et sa fille.

Découvrez les premières pages de "Pas ce soir, je dîne avec mon père": http://download.saipm.com/pdf/lire/ruggieri.pdf

 

Ce qui est gênant avec les parents, c'est qu'ils ne meurent jamais. Ou qu'on les aime trop." Avec cette première phrase, Marion Ruggieri, responsable des pages cultures du magazine "Elle" et chroniqueuse à Paris Première, France Inter et France Info, donne le ton de son roman partiellement autobiographique, "Pas ce soir, je dîne avec mon père" (Grasset, 218 pp., env. 16,90€). L'auteure trentenaire peint une histoire d'amour entre un père et sa fille, père presque sexagénaire sérieusement atteint de jeunisme, obsédé par son teint hâlé et l'hydratation de sa peau tandis qu'elle compte ses heures de sommeil et s'agrippe à l'enfance. De ce portrait d'une génération de faux jeunes, Marion Ruggieri évoque la confusion des âges avec un style enlevé, drôle et parfois cruel.

 

Est-ce un constat personnel qui vous a donné envie d'écrire ce livre?

Le journalisme, c'est le contraire de parler de soi. Parler à la première personne était obscène pour moi. Alors j'ai écrit ce roman comme si personne n'allait le lire. Pour la question du vécu, je crois que pour qu'un écrit ait de l'intérêt, il faut quelque chose de vrai. Il y a un brouillage qui s'est fait naturellement parce que beaucoup de choses intimes et sincères sont enchâssées mais ce n'est pas autobiographique.

 

Vous dressez le portrait de deux générations...

J'ai beaucoup de tendresse pour le personnage du père. Il fait partie de la génération qui a inventé l'adolescence et qui n'a jamais voulu en sortir. Là ou le bât blesse, c'est la concurrence entre le père et la fille pour une même vie. Le livre n'est pas contre les soixante-huitards parce que la génération suivante est encore pire. Les faux jeunes se multiplient tandis que les vrais jeunes sont de plus en plus rares.

 

Même si la fille reste enfant, elle devient presque la mère de son père?

Oui, il y a une inversion des rôles. Tout va bien jusqu'au jour où il lui présente sa fiancée qui est plus jeune qu'elle. Cela devient presque incestueux et elle ne le supporte plus.

 

On retrouve, en filigrane, les maux de notre société moderne : l'infantilisation, l'individualisme...

Le père est léger, insouciant et il en joue. C'est un gamin qui se laisse glisser sur le parquet, il y a donc une déresponsabilisation de la société adulte. On veut s'occuper de soi, de soi, de soi. Les parents prennent le large au moment où les enfants devraient prendre leur indépendance donc ils le vivent mal, ils ne veulent pas de parents si cool. Pourtant, je n'ai pas voulu écrire un livre revendicatif, c'est une simple histoire d'amour entre un père et sa fille. Elle aimerait avoir un père plus traditionnel qui perd ses cheveux et, en même temps, elle ne le troquerait pas contre un autre. Comment désaimer un être si sympathique?

 

Est-ce une forme de progrès ?

Il y a sans doute un rééquilibrage à effectuer, trouver un juste milieu. Ado, on a besoin de règles et de limites pour pouvoir les enfreindre. On se contruit contre un ordre établi et là, tout est plus compliqué parce qu'on ne s'oppose pas à quelqu'un de gentil. Quand l'héroïne sera mère à son tour, elle fera le contraire, presqu'une bonne claque et au lit. Aujourd'hui, on réfléchit au fait qu'un enfant, ça s'éduque.

Credit photo : Christophe Bortels

19:35 Publié dans Rencontres | Lien permanent | Commentaires (0)