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31/05/2008

Katherine Pancol

Rencontre avec Katherine Pancol dans un restaurant bruxellois. Déjeuner agréable, l'auteure est aimable et adore parler de ses lectrices qu'elle rencontre régulièrement. Katherine Pancol anime un blog! Le blablablog : http://www.katherine-pancol.com/ Elle y raconte ses journées de presse, ses rencontres, ses états-d'âme, fatigue, coups de geule et coups de coeur, tribulations en France, Belgique et ailleurs... un blog amusant où elle partage toutes son actualité et son emploi du temps. Notez qu'un pique-nique sera organisé de manière informelle dans un parc parisien ouvert à tous ceux qui souhaitent la rencontrer à condition d'apporter quelque chose à partager! Rendez-vous le 21 juin. Belle initiative!

L'interview

A la suite de la parution du roman "Les yeux jaunes des crocodiles" (vendu à plus de 500 000 exemplaires en 2006), Katherine Pancol n'a pas pu résister à l'envie de raconter la suite des aventures de Joséphine, Iris, Hortense, Zoé, Gary... Dans "La valse lente des tortues" Les premières pages en pdf (Albin Michel, 700 pp., env. 22 €, cf. "Lire" du 7 mars 2008), on peut suivre l'évolution - lente - de ces personnages attachants qui suivent des chemins différents mais sont tous liés, comme dans un roman choral. Les fidèles lecteurs peuvent se réjouir, un troisième tome est en cours d'écriture.

Vous avez déjà commencé une suite...

J'ai su à la fin du premier qu'il y avait une possibilité de suite parce qu'il restait beaucoup d'histoires en suspens. C'est pareil pour "La valse lente...", je me suis attachée à ces personnages, j'ai l'impression qu'ils existent vraiment. Pour ce troisième tome, une scène s'est incrustée dans mon esprit. Si elle n'était pas arrivée, je n'aurais pas commencé à écrire. J'ai déjà construit la moitié de l'intrigue avec ma fille, Charlotte. Tout va très vite, quand je commence à écrire, j'ouvre grand les bras et la vie s'engouffre.

Pourquoi comparez-vous les personnages aux tortues ?

Parce que la vie est difficile. On avance pas à pas dans l'adversité. Dans les années 70, on avançait comme un trait de flèche, aujourd'hui, on rame, on rame... C'est long, on se prend des coups, les rapports entre les gens sont durs. Ils ne se regardent plus, ils sont tristes, ils vous bousculent, vous marchent dessus. Le monde est devenu gris et violent, quand j'avais 25 ans, j'adorais mon époque, aujourd'hui, je ne le dirais plus. On est surveillé, à Londres, on est filmé en permanence, en France, les policiers en civil sont partout. Donc les gens se renferment.

Dans "La valse lente des tortues", les personnages font face à une somme d'obstacles mais il se dégage toutefois beaucoup d'optimisme...

Souvent, les lecteurs me disent que mes livres sont des antidépresseurs ! Il y a une sorte de positivité, d'énergie et de bonheur que je tente de transmettre, même si ce n'est pas toujours facile.

Vos personnages sont construits avec une foule de détails. Vous donnez de l'importance à chaque petite chose ?

J'ai lu toutes les conférences de Nabokov et, à chaque fois, il parle des "divins détails". Un personnage ne vit que s'il est construit de "divins détails", et il en faut une multitude pour mener une intrigue. C'est une école d'écriture américaine mais cela donne beaucoup de vie.

Vous peignez aussi un portrait de la femme moderne, forte et fragile...

Quand on me demande qui sont mes héros aujourd'hui, je réponds : les femmes. Je les vois vivre autour de moi si vite, je ne sais pas comment elles font. Elles travaillent et avec peu d'argent s'occupent de leurs enfants, de leur mari, leur maison. Elles courent toute la journée. Ce sont de véritables personnages de romans, elles ne se rendent pas compte de ce qu'elles accomplissent.

Des projets ?

J'ai écrit deux pièces mais c'est très compliqué à concrétiser. Il y a aussi des projets pour la télévision mais on ne peut pas encore en parler.

28/05/2008

Marc Levy : l'interview intégrale

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Crédit photo : Alexis Haulot

"Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites" (Robert Laffont), le huitième roman de Marc Levy, vient de paraître. Dans ce livre, les recettes habituelles : des bons sentiments... Tout pour plaire. Sauf que les banalités se succèdent et l'on ne retient rien de vraiment intéressant, marquant, original. Même le recours au surnaturel tient du ressort dramatique pour faire avancer l'intrigue... une bonne lecture d'été quand même.

L'interview intégrale de Marc Levy :

J'ai lu que vous n'oseriez pas vous qualifier d'écrivain...

En fait, il y a une question qui m’a souvent été posée par les journalistes “Vous considérez-vous comme un écrivain?” C’est une question un peu étrange. Avec le temps, j’ai compris ce que signifiait le sens caché de cette question. En France, l’écrivain n’a pas une valeur de fonction mais de titre et c’est très prétentieux de s’attribuer des titres à soi-même. C’est aux lecteurs de décider si je suis écrivain, c’est comme la diffrénce entre artisan et artiste.

Vous avez écrit votre premier livre pour votre livre. Aujourd'hui, écrivez-vous pour quelqu'un ?

On écrit toujours un peu pour quelqu’un et même à quelqu’un.

Avez-vous une technique d’écriture ?

J’ai une discipline mais pas de tics. J’écoute de la musique, parfois fort, c’est une façon de décoller. Il m’arrive parfois, sans m’en rendre compte, au moment de décrire la gestuelle d’un personnage, de la faire moi-même.Je m’interdis d’écrire “Julia est triste ou Julia est gaie”. Ma question, "c’est qu’est ce que je vais faire faire à Julia pour faire comprendre qu’elle est triste?"

Travaillez-vous en relation étroite avec votre éditeur ?

Je lui envoie le manuscrit quand il est fini. Ensuite on se retrouve chez moi et on bosse pendant quatre jours et il me pose énormément de questions. On s’amuse beaucoup, ce n’est pas du tout un travail de correction, c’est un vrai travail de partage.

Vous vous inspirez beaucoup des choses et des gens qui vous entourent?

Bien sûr, le métier de romancier ne peut se faire qu’à partir du moment où vous regardez ce qui se passe autour de vous.

Le message de "Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites" c'est le paradoxe entre notre société de communication et le fait que personne ne s'écoute ni ne se comprend?

Exactement. L’écriture de ce roman est partie d’un constat: on est dans une société où l’on communique de plus en plus vite, de plus en plus loin avec de plus en plus de gens et on ne se dit pourtant pas beaucoup plus de choses. On communique par Internet avec quelqu’un qui se trouve à dix mille kilomètres mais l’on n’arrive pas à parler avec la personne qui se trouve dans la pièce d’à côté. J’accorde une grande importance à ce qu’on se dit. Je crois qu’il faut une grande humilité pour dire “je t’aime” à quelqu’un par exemple. Il faut avoir la force de vaincre la pudeur de la dire.

Est-ce qu'il est nécessaire qu'un événement tragique survienne pour prendre concsience de l'importance de se parler ?

J’ai 46 ans, j’ai donc quelques amis qui ont perdu leurs parents. Il y a vraiment deux deuils : le deuil des parents et le deuil des choses qu’ils ne se sont pas dites.

Peut-on dire que le voyage de Julia et son père est un voyage initiatique ?

C’est un nouveau regard sur sa propre fille, sur ce qu’elle a vécu. Deux choses sont au coeur du roman: pendant toute une partie de la vie, on est l’enfant de ses parents et rien d’autre. Prendre son envol, c’est essayer de défaire ces liens et à un moment la vie nous rattrape et on devient le parent de quelqu’un. Il y a une dualité.Il y a un moment bouleversant où l’on doit regarder ses parents avec un regard d’adulte.

Avez-vous fait un travail d'enquête sur les villes qu'il traversent ?

J’ai connu chacune de ces villes mais je n’ai pas fait ce voyage. Sacha Guitry disait “Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventé du début à la fin”. Une fiction n’a de sens que si elle est ancrée dans une vraie réalité. Il y a un travail de repérages, de documentation.

Dans tous vos romans, un leitmotiv : l'amour...

C’est ce que j’aime peindre. C'est la palette des sentiments humains qui m’intéresse le plus. On peut rencontrer le type le plus odieux, le plus con, au moment où il tombe amoureux, il devient terriblement humain.

C'est pour cette raison que vous avez plus de lectrices que de lecteurs...

Ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a de toutes façons plus de lectrices que de lecteurs. Dans n’importe quelle librairie, il ya sept femmes pour trois hommes.

Votre passion pour le cinéma vous influence-t-elle?

Le métier de romancier, c'est de créer des images avec des mots, le métier de réalisateur c’est de donner vie à des mots avec des images. "Les trois mousquetaires" et "Les misérables", par exemple, on se rend compte à la lecture que ce sont des films !

24/05/2008

L'interview de Valérie Tong Cuong

Quatre personnages à la dérive : Marylou, “ modeste secrétaire ”, “Albert Fohen, vieillard malade, Tom, producteur de 98c9632a978cadaaefad77363c134b44.jpgcinéma et Prudence “ partner dans un cabinet de conseil ” qui n’auraient jamais dû se rencontrer vont finir par être réunis dans un hôpital après une tumultueuse journée. Des destins croisés que Valérie Tong Cuong, auteure et chanteuse dans le groupe “Quark”, met en scène habilement dans son sixième roman : “Providence” (Stock, 222 pp., env. 18 €). D’une belle écriture, elle décrit les parcours des protagonistes pris dans les aléas de l’existence, à la manière de “Magnolia”.

 

 Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un roman choral ?

C’est une construction très cinématographique que j’aime énormément. On ne peut pas parler du sens de la vie sans parler de cette chute de dominos; un événement dans une vie en entraîne une dizaine d’autres. Les vies sont liées mais pas reliées. Le lecteur voit l’action à travers une sorte de caméra subjective parce qu’on est au cœur de l’action.

Les personnages sont égarés…

Ils sont profondément humains. Leurs trajectoires individuelles sont toutes faites de souffrance et de blessures et quand elles ne sont pas assez importantes, les personnes sont souvent construites sur une sorte de vide et elles évoluent vers une quête de sens difficile. Dans “Providence”, Tom a une existence tranquille, mais il n’est pas heureux. Les trois autres personnages principaux se sont construits sur leurs blessures mais ils ne l’ont pas encore exprimé parce qu’ils n’en ont pas vraiment conscience. C’est seulement quand la perche tendue par le destin va se tendre qu’ils vont trouver en eux cette capacité à l’attraper et à transformer leurs vies.

Vous pensez qu’une petite chose peut tout faire basculer ?

 J’en suis convaincue. Des existences peuvent, de manière très prosaïque, basculer. C’est ce qui arrive à Marylou dans le roman. La rencontre, c’est l’amour d’une personne qui peut changer la vie. Ainsi, quelqu’un qui a pris une direction peut aller où son destin l’appelle s’il a la force de comprendre pourquoi certaines choses sont arrivées.

C’est la providence ?

Oui, je crois à un partage des taches, que la providence nous envoie des messages positifs ou négatifs. Pourtant, nous le savons seulement en fin de course – les gagnants du loto par exemple. Je fais aussi partie des gens qui pensent : “il n’y a pas de hasard”. Le partage des taches signifie que la perche est tendue mais il faut savoir la saisir, c’est pour cette raison que je ne crois pas qu’il y ait de destin prédestiné. Il y a toujours une partie que l’on décide.

Ce point de vue est plutôt optimiste…

C’est optimiste mais pas naïf. C’est seulement en se confrontant à la souffrance et à la douleur qu’on se construit. Dans le livre, je préviens que cela sera difficile par cette citation de Sénèque “Souffrons donc tout avec courage : car tout arrive, non pas comme on croit, par hasard, mais à son heure.” Il ne faut pas perdre confiance parce qu’à la fin, on regardera avec sérénité et apaisement ce que l’on aura accompli. Et si on a la sagesse de regarder derrière soi à mi-parcours, cela donne un appétit de vivre. C’est en cela que le livre est optimiste, la vie redistribue toujours les cartes.

C.P.

 Crédit photo : Alexis Haulot