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25/11/2008

Olivier Poivre d'Arvor

le voyage du fils.jpgUne femme, étrangère, à Paris. Recluse dans une chambre à Belleville qu’elle partage avec quatre ou cinq autres personnes, elle est venue chercher une vie meilleure. Alors qu’elle n’est pas concernée, la police frappe à la porte, et, paniquée, elle saute par la fenêtre.
C’est à partir de ce fait divers qu’Olivier Poivre d’Arvor a construit son roman, “Le voyage du fils”, dans la sélection du prix Renaudot. “Plus tard, quand j’ai lu que le fils allait faire le voyage de Chine pour ramener les cendres de sa mère, cela m’a beaucoup ému. Au-delà du jugement politique, cette histoire qui pourrait nous arriver, celle d’une mère et son fils, j’avais envie de la raconter.” Dans cette fin, l’écrivain, diplomate, directeur de l’Association française d’action artistique (AFAA, ministères des Affaires étrangères et de la Culture et de la Communication, devenue en 2006, CulturesFrance), se rend à Fushun dans le nord de la Chine pour rencontrer ce fils, puis il fera de même à Belleville où il s’imprégnera “de la peur à la tombée de la nuit, de ce cosmopolitisme incroyable”.
“Le voyage du fils” était né."
EFFETS DE MIROIRS
Accueilli par Thomas Schwartz, un écrivain, “la bonne conscience occidentale”, Fan Wen Dong , le fils, découvre que la vie idéale décrite dans les lettres de sa mère était bien loin de la réalité – la misère, la précarité, peut-être même la prostitution. L’incompréhension le gagne comme un immense vertige, lui, qui, comme sa mère, représente la figure de l’étranger, dans un monde totalement hermétique. Mais Anne Latour entre dans sa vie, à la faveur d’un accident de voiture. Grande bourgeoise du VIe arrondissement, elle réalise un documentaire sur Marguerite Duras; l’histoire d’amour se greffe à la sinistre réalité, devenant presque une fable. L’ombre de l’écrivaine plane alors sur le roman, avec la figure exotique de “L’Amant” chinois. “J’aime écrire avec quelqu’un d’autre”, explique Olivier Poivre d’Arvor. “Marguerite Duras m’a accompagnée au long de l’écriture.
Dans cette mise en scène de Paris, les personnages sont poétiques et sensibles, Olivier Poivre d’Arvor joue avec les effets de miroir et manie gracieusement la langue sans trop s’éloigner de l’image du “héros du XXe siècle, cet anonyme qui va du Sud au Nord contraint au déracinement pas seulement parce que l’herbe est plus verte ailleurs mais parce que c’est le désespoir total, une extrémité.
Olivier Poivre d’Arvor se défend d’avoir écrit un roman engagé, militant, mais en mettant les enjeux des sans-papiers en lumière, même s’il ne s’agit pas du cœur du “Voyage du fils”, avant tout sentimental, romanesque, romantique, il touche à la politique… et au rôle de la littérature. “Il n’y a pas que la loi et l’ordre qui doivent donner un avis sur l’immigration, l’émotion doit parler également. Je suis très surpris de remarquer que notre littérature est autocentrée, très peu engagée dans le réel alors que le monde est là, à tout instant.”
Tout en oppositions, mêlant fiction et réalité, Olivier Poivre d’Arvor livre une étrange histoire d’amour pleine de passion et de désillusion, un face-à-face entre l’exilé et la privilégiée. Orient et Occident.
Le voyage du fils
Olivier Poivre d’Arvor
Grasset,
248 pp., env. 16,90 €
Crédit photo :

26/09/2008

Nina Bouraoui

bd5bb87af92341b0b178e07cda0a6462.jpgQuand j’ai terminé ce livre, j’ai pensé que les prémices se trouvaient déjà dans Paris selon l’amour, un livre maladroit, avorté. C’est en quelque sorte une réparation .” Dans “Appelez-moi par mon prénom” (Stock, 112 pp. env. 14,50 €) , Nina Bouraoui reprend le thème de l’errance amoureuse : une écrivaine rencontre dans une librairie de Lausanne un jeune homme suisse qui a réalisé un film inspiré du journal de la romancière. La narratrice rentre à Paris, mais le souvenir de P. la hante. Avec pudeur et élégance, Nina Bouraoui décrit les débuts de la passion, une fièvre amoureuse belle et intense. Après “La voyeuse interdite” (prix Inter, Gallimard) et “Mes mauvaises pensées” (prix Renaudot, Stock) Nina Bouraoui peint une histoire d’amour entre un homme et une femme, à la fois moderne et classique, d’une écriture nouvelle, intime, délicate;

En quoi ce roman est-il en rupture avec vos livres précédents ?

Le mot “classique” est souvent utilisé dans le sens où le roman est écrit à l’imparfait alors qu’avant, j’utilisais beaucoup le présent. Le temps de la mélancolie s’applique à une histoire d’amour romantique entre un homme et une femme. Peut-être que la facture est plus classique parce que le vocabulaire est châtié... Tout est dans la retenue, même si le début de la passion est forte. J’ai voulu écrire un roman courtois, le classicisme est là.

L’enchaînement des phrases courtes donne un rythme particulier.
Il fallait retranscrire ce sentiment hypnotique des débuts tout en étant clair. J’avais la volonté d’évoquer le désir mais pas le passage à l’acte. On est dans la construction d’un fantasme, le parti pris est esthétique parce que j’ai toujours pensé que l’art avait pour mission de transporter le beau.

“Les mots couvraient la vie en entier et me semblaient plus larges que les images.” Dans le roman, la parole dépasse les images ?

La toile amoureuse est tissée de mots et puis, la protagoniste est une romancière, les mots, son univers. Comme si les mots étaient plus forts que le souvenir de l’image incarnée du jeune lecteur. Ils constituent une autre vérité.

Justement, pourquoi avoir choisi une romancière?

Le personnage me ressemble un peu et il se greffe une certaine fiction, nourrie de la réalité mais revisitée. J’ai toujours eu beaucoup de plaisir à écrire sur ce métier parce que je ne me sépare pas de ma vie, écrire et vivre, c’est un peu la même chose. J’aime aussi cette idée que lorsqu’on est amoureux, on ne peut plus écrire et quand on commence à écrire, on est moins amoureux. Ecrire un roman, c’est avoir un rendez-vous amoureux. Ce livre est aussi un hommage au couple Marguerite Duras/ Yann Andréa que j’ai eu l’honneur de rencontrer.

“Appelez-moi par mon prénom” est très romantique.

Dans le monde dans lequel nous vivons, où la sexualité est intrusive et où la pornographie est presque banale, écrire un roman pur et romantique est une forme de résistance. L’état amoureux transfigure une personne, il y a quelque chose d’obsédant; comment peut-on arriver à ne plus pouvoir se passer de quelqu’un du jour au lendemain? Paradoxalement, c’est le moment où l’on est le plus démuni, le plus abandonné à l’autre. La magie nous emporte mais cela enferme aussi.

19/09/2008

Delphine Bertholon

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Trois voix qui s’entremêlent, trois genres littéraires différents : le récit épistolaire, le journal intime et la narration. Trois personnages reliés qui ne parviennent pas à se retrouver mais tissent la trame d’une histoire passionnante : Madison, 11 ans, est enlevée sur le chemin de l’école par un homme déséquilibré. Enfermée dans une cave, l’écriture d’un journal intime devient son moteur de survie au cours des cinq années de non-existence. Tandis que sa mère lui écrit des lettres pour ne pas accepter la disparition, Stanislas, un jeune enseignant, demeure dans le souvenir de l’amour que Madison lui vouait alors qu’il se débat avec une vie sentimentale tumultueuse. Des personnages qui créent “une cartographie de l’absence”. Avec beaucoup de justesse et d’émotion, Delphine Bertholon explore le thème de la liberté dans “Twist” (JC Lattès, 434 pp., env. 18 €).

L’enlèvement d’enfant est un sujet délicat, surtout avec les affaires récentes…

Mon point de départ, c’est Natacha Kampusch. Cette histoire tellement affreuse et qui se termine comme un conte de fées à la fois m’a fascinée mais je me suis très peu documentée, seulement basée sur le fait divers. Par contre, le fait que la petite fille s’appelle Madison n’a rien à voir avec la petite Maddie/Madeleine parce que j’ai écrit le livre avant. Comme il y a une histoire avec “Twist”, c’était impossible de changer le prénom. C’est un simple hasard malheureux.

Outre l’enfermement, ce sont aussi les états d’âme d’une jeune fille que vous abordez.Comment peindre l’adolescence ?

Cela faisait longtemps que je souhaitais évoquer l’adolescence sans trouver de point de vue original. J’ai relu tous mes journaux intimes, ce qui n’est pas forcément un exercice agréable… J’avais oublié à quel point les enfants sont cruels entre eux, c’est horrible d’avoir 12 ans ! Mais c’est un âge intéressant dans la mesure où il s’agit d’une transition, sans doute le moment de la vie où l’on est le plus vivant car le champ des possibles est infini, la chrysalide devient papillon. Avec Madison, j’ai voulu montrer comment cette petite fille laisse percevoir la femme qu’elle devient peu à peu. Développer la question de la force de vie dans des conditions d’enfermement est un paradoxe qui m’intéressait.

La solitude aussi ?

Tous les personnages sont très seuls. Quand on est seul, on est confronté à soi-même. On est obligé de réfléchir à la raison pour laquelle on est là, ce qu’on fait…

Au fond, c’est un roman sur la liberté ?

J’ai choisi un sujet pour parler du contraire. Evoquer la liberté en traitant une séquestration. Il y a une forme d’apprentissage, plus qu’un roman de la disparition, c’est un roman de l’apparition. Chacun apprend. Je souhaitais surtout montrer comment cette petite fille est infiniment plus libre que tous les gens qui sont dehors parce qu’ils ont cette tendance à s’enfermer dans de mauvais schémas alors que nous sommes libres de nos mouvements. La capacité à être heureux, c’est aussi un état d’esprit et on l’oublie parfois. Pour être heureux, il faut déjà le décider et ne pas se laisser enfermer par tout un tas de parasites.

Photo : Tanguy Jockmans