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24/05/2008

L'interview de Valérie Tong Cuong

Quatre personnages à la dérive : Marylou, “ modeste secrétaire ”, “Albert Fohen, vieillard malade, Tom, producteur de 98c9632a978cadaaefad77363c134b44.jpgcinéma et Prudence “ partner dans un cabinet de conseil ” qui n’auraient jamais dû se rencontrer vont finir par être réunis dans un hôpital après une tumultueuse journée. Des destins croisés que Valérie Tong Cuong, auteure et chanteuse dans le groupe “Quark”, met en scène habilement dans son sixième roman : “Providence” (Stock, 222 pp., env. 18 €). D’une belle écriture, elle décrit les parcours des protagonistes pris dans les aléas de l’existence, à la manière de “Magnolia”.

 

 Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un roman choral ?

C’est une construction très cinématographique que j’aime énormément. On ne peut pas parler du sens de la vie sans parler de cette chute de dominos; un événement dans une vie en entraîne une dizaine d’autres. Les vies sont liées mais pas reliées. Le lecteur voit l’action à travers une sorte de caméra subjective parce qu’on est au cœur de l’action.

Les personnages sont égarés…

Ils sont profondément humains. Leurs trajectoires individuelles sont toutes faites de souffrance et de blessures et quand elles ne sont pas assez importantes, les personnes sont souvent construites sur une sorte de vide et elles évoluent vers une quête de sens difficile. Dans “Providence”, Tom a une existence tranquille, mais il n’est pas heureux. Les trois autres personnages principaux se sont construits sur leurs blessures mais ils ne l’ont pas encore exprimé parce qu’ils n’en ont pas vraiment conscience. C’est seulement quand la perche tendue par le destin va se tendre qu’ils vont trouver en eux cette capacité à l’attraper et à transformer leurs vies.

Vous pensez qu’une petite chose peut tout faire basculer ?

 J’en suis convaincue. Des existences peuvent, de manière très prosaïque, basculer. C’est ce qui arrive à Marylou dans le roman. La rencontre, c’est l’amour d’une personne qui peut changer la vie. Ainsi, quelqu’un qui a pris une direction peut aller où son destin l’appelle s’il a la force de comprendre pourquoi certaines choses sont arrivées.

C’est la providence ?

Oui, je crois à un partage des taches, que la providence nous envoie des messages positifs ou négatifs. Pourtant, nous le savons seulement en fin de course – les gagnants du loto par exemple. Je fais aussi partie des gens qui pensent : “il n’y a pas de hasard”. Le partage des taches signifie que la perche est tendue mais il faut savoir la saisir, c’est pour cette raison que je ne crois pas qu’il y ait de destin prédestiné. Il y a toujours une partie que l’on décide.

Ce point de vue est plutôt optimiste…

C’est optimiste mais pas naïf. C’est seulement en se confrontant à la souffrance et à la douleur qu’on se construit. Dans le livre, je préviens que cela sera difficile par cette citation de Sénèque “Souffrons donc tout avec courage : car tout arrive, non pas comme on croit, par hasard, mais à son heure.” Il ne faut pas perdre confiance parce qu’à la fin, on regardera avec sérénité et apaisement ce que l’on aura accompli. Et si on a la sagesse de regarder derrière soi à mi-parcours, cela donne un appétit de vivre. C’est en cela que le livre est optimiste, la vie redistribue toujours les cartes.

C.P.

 Crédit photo : Alexis Haulot

23/05/2008

Ecoutez Gilles Haumont

Gilles Haumont présente son premier roman "L'Origine du mal" (Anne Carrière, 430 pp., env. 22 €). un thriller 5cb4b958ad3fa10dc093f2366619cef1.jpgd'anticipation sur l'origine de l'homme.


podcast

22/05/2008

L'interview de Gilles Haumont

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Dans un avenir proche, une manipulation génétique extermine en quelques jours toute la population du continent nord-américain. À la suite de ce terrible accident, une institution est créée afin de contrôler et monopoliser les recherches génétiques mondiales : INGEN. Alors que Guillaume Beaumont, brillant généticien français, fait ses débuts à l’INGEN avec deux de ses amis, une série de meurtres se produit au sein de la petite communauté si bien gardée.
Gilles Haumont, directeur d’un réseau de magasins de joaillerie à New York, évoque la génétique et la question de l’éthique à travers la confrontation des théories sur l’origine de l’homme dans “L’Origine du mal” (Anne Carrière, 430 pp., env. 22 €)
Quand on travaille dans les affaires, comment devient-on écrivain ?
J’ai fait des études scientifiques puis j’ai changé de direction, mais j’ai toujours beaucoup lu et gardé ce rêve d’écrire. Un jour, j’ai commencé à me passionner sur le thème de la génétique et à prendre des notes. Je voulais évoquer deux problèmes, l’un scientifique, l’autre – de manière humble –, philosophique.
Pourquoi la génétique ?
C’est passionnant ! La date du décodage complet du génome, en 2000, va rester dans l’histoire de l’humanité. On a vraiment le mode d’emploi complet de fabrication d’un être humain. Sur les plans scientifique, philosophique et humain, c’est un immense pas en avant. Et puis, le darwinisme est étonnant. C’est la dernière grande théorie du XIXe siècle encore en cours. Toutes les lois de Newton ont été revues de fond en comble par Einstein, la vision de l’infiniment petit a éclaté lors de l’arrivée de la physique quantique, etc. Seul le darwinisme s’est renforcé. Je crois qu’on est à la veille d’une révolution. Dans “L’origine du mal”, j’ai voulu confronter le darwinisme au créationnisme et à l’intelligent design.
Allons-nous vraiment vers un eugénisme de cette ampleur ? Une institution comme l’INGEN peut-elle voir le jour prochainement ?
On va très vite prendre conscience que la génétique est une technologie à risque, très puissante et très dangereuse. Demain matin, on arrivera à créer de petits organismes de toutes pièces. Il est très difficile de maîtriser la technologie nucléaire; alors, la génétique, ce sera encore plus compliqué. On devra sans doute contrôler les choses avec beaucoup plus de force parce que n’importe qui sera capable de manipuler le génome dans sa cuisine. Le clonage humain, c’est pour demain.
Même si le roman est un tout, vous variez les genres…
Cela m’a amusé de jouer avec des genres connus, mais sans faire de parodie, parce que je voulais multiplier les portes d’entrée vers plusieurs univers.
“Guillaume Beaumont”, cela ressemble à Gilles Haumont…
C’est un clin d’œil, un moyen de jouer avec l’idée de faire une projection de moi-même. Mais ce n’est pas moi !
Ce roman vous a-t-il donné envie de continuer à écrire ?
Je crois que le virus a pris…
C.P.
Crédit photo : Christophe Bortels