Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

28/05/2008

Marc Levy : l'interview intégrale

f68f3a1d72134797e579d6c633a41d96.jpg
Crédit photo : Alexis Haulot

"Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites" (Robert Laffont), le huitième roman de Marc Levy, vient de paraître. Dans ce livre, les recettes habituelles : des bons sentiments... Tout pour plaire. Sauf que les banalités se succèdent et l'on ne retient rien de vraiment intéressant, marquant, original. Même le recours au surnaturel tient du ressort dramatique pour faire avancer l'intrigue... une bonne lecture d'été quand même.

L'interview intégrale de Marc Levy :

J'ai lu que vous n'oseriez pas vous qualifier d'écrivain...

En fait, il y a une question qui m’a souvent été posée par les journalistes “Vous considérez-vous comme un écrivain?” C’est une question un peu étrange. Avec le temps, j’ai compris ce que signifiait le sens caché de cette question. En France, l’écrivain n’a pas une valeur de fonction mais de titre et c’est très prétentieux de s’attribuer des titres à soi-même. C’est aux lecteurs de décider si je suis écrivain, c’est comme la diffrénce entre artisan et artiste.

Vous avez écrit votre premier livre pour votre livre. Aujourd'hui, écrivez-vous pour quelqu'un ?

On écrit toujours un peu pour quelqu’un et même à quelqu’un.

Avez-vous une technique d’écriture ?

J’ai une discipline mais pas de tics. J’écoute de la musique, parfois fort, c’est une façon de décoller. Il m’arrive parfois, sans m’en rendre compte, au moment de décrire la gestuelle d’un personnage, de la faire moi-même.Je m’interdis d’écrire “Julia est triste ou Julia est gaie”. Ma question, "c’est qu’est ce que je vais faire faire à Julia pour faire comprendre qu’elle est triste?"

Travaillez-vous en relation étroite avec votre éditeur ?

Je lui envoie le manuscrit quand il est fini. Ensuite on se retrouve chez moi et on bosse pendant quatre jours et il me pose énormément de questions. On s’amuse beaucoup, ce n’est pas du tout un travail de correction, c’est un vrai travail de partage.

Vous vous inspirez beaucoup des choses et des gens qui vous entourent?

Bien sûr, le métier de romancier ne peut se faire qu’à partir du moment où vous regardez ce qui se passe autour de vous.

Le message de "Toutes ces choses qu'on ne s'est pas dites" c'est le paradoxe entre notre société de communication et le fait que personne ne s'écoute ni ne se comprend?

Exactement. L’écriture de ce roman est partie d’un constat: on est dans une société où l’on communique de plus en plus vite, de plus en plus loin avec de plus en plus de gens et on ne se dit pourtant pas beaucoup plus de choses. On communique par Internet avec quelqu’un qui se trouve à dix mille kilomètres mais l’on n’arrive pas à parler avec la personne qui se trouve dans la pièce d’à côté. J’accorde une grande importance à ce qu’on se dit. Je crois qu’il faut une grande humilité pour dire “je t’aime” à quelqu’un par exemple. Il faut avoir la force de vaincre la pudeur de la dire.

Est-ce qu'il est nécessaire qu'un événement tragique survienne pour prendre concsience de l'importance de se parler ?

J’ai 46 ans, j’ai donc quelques amis qui ont perdu leurs parents. Il y a vraiment deux deuils : le deuil des parents et le deuil des choses qu’ils ne se sont pas dites.

Peut-on dire que le voyage de Julia et son père est un voyage initiatique ?

C’est un nouveau regard sur sa propre fille, sur ce qu’elle a vécu. Deux choses sont au coeur du roman: pendant toute une partie de la vie, on est l’enfant de ses parents et rien d’autre. Prendre son envol, c’est essayer de défaire ces liens et à un moment la vie nous rattrape et on devient le parent de quelqu’un. Il y a une dualité.Il y a un moment bouleversant où l’on doit regarder ses parents avec un regard d’adulte.

Avez-vous fait un travail d'enquête sur les villes qu'il traversent ?

J’ai connu chacune de ces villes mais je n’ai pas fait ce voyage. Sacha Guitry disait “Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventé du début à la fin”. Une fiction n’a de sens que si elle est ancrée dans une vraie réalité. Il y a un travail de repérages, de documentation.

Dans tous vos romans, un leitmotiv : l'amour...

C’est ce que j’aime peindre. C'est la palette des sentiments humains qui m’intéresse le plus. On peut rencontrer le type le plus odieux, le plus con, au moment où il tombe amoureux, il devient terriblement humain.

C'est pour cette raison que vous avez plus de lectrices que de lecteurs...

Ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a de toutes façons plus de lectrices que de lecteurs. Dans n’importe quelle librairie, il ya sept femmes pour trois hommes.

Votre passion pour le cinéma vous influence-t-elle?

Le métier de romancier, c'est de créer des images avec des mots, le métier de réalisateur c’est de donner vie à des mots avec des images. "Les trois mousquetaires" et "Les misérables", par exemple, on se rend compte à la lecture que ce sont des films !

Les commentaires sont fermés.