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02/05/2008

"Ah les hommes!"

699b4eabc9d085abe51d67ff8c9fbbb6.jpgQuelle découverte! Publié en 1824, "Vingt-Quatre Heures d'une femme sensible"  est un bijou de littérature. A travers ce roman épistolaire, Constance de Salm a su exprimer tous les tourments de la femme jalouse avec une incroyable justesse.

Après avoir vu son amant disparaitre dans la calèche d'une autre dame à la sortie de l'opéra, l'héroïne se trouve en proie à une multitude de sentiments et d'émotions. Incapable de se maîtriser, tantôt désespérée, tantôt fiévreuse, elle ne trouve d'autre consolation qu'écrire à cet amant si chéri qui semble la trahir. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée interminable, elle se livre à coeur ouvert à l'homme de sa vie.

Ce roman épistolaire de Constance de Salm est absolument sublime. C'est à la justesse de l'emploi des mots, à la manière d'exprimer des sentiments finalement si communs, de manière si précise et sincère, que l'on reconnaît les grands écrivains. Malheureusement, de cette féministe avant l'heure qui tint un salon littéraire où se côtoyaient Alexandre Dumas fils et Stendhal, il ne reste que cet écrit.

"Vingt-Quatre Heures d'une femme sensible" bouleversera celui qui saura s'attarder à la lecture et écouter la musicalité des phrases, car enfin, cela fait longtemps que je n'ai plus lu écriture plus soignée. Romantique ? Sans doute, mais quelle beauté ! Constance de Salm parvient à faire de la jalousie, sentiment souvent taxé de trivial et réprimé, un sentiment noble exprimant l'amour fort et sincère. Toute femme se reconnaîtra dans ces propos, reste à savoir s'il en sera de même pour les hommes.

Extrait : "Je vous aime, mon ami, plus que l'on n'a jamais aimé ; mais il ne se passe pas une minute de ma vie sans qu'une secrète anxiété ne se mêle à l'enchantement de ma passion. Sommes-nous ensemble dans le monde, le moindre mot que la politesse vous fait dire à une autre femme élève déjà un sombre orage dans mon sein. Si ce n'est pas à moi que vous donnez la main pour passer d'une chambre à une autre, mes regards inquiets vous suivent dans la foule ; le plus petit hasard qui vous dérobe à ma vue me fait frissonner. Etes-vous quelques temps sans reparaître, un nuage se répand sur mes yeux ; je n'entends plus, je me soutiens à peine, et je ne reviens à moi que quand le doux son de votre voix a de nouveau frappé mon oreille. [...] Le seul mot de danse me glace. La valse me paraît la plus horrible profanation de l'amour. Je me l'interdis avec tout le monde, et, dix fois, l'image de l'heureuse femme que j'ai vue ainsi dans vos bras, et presque sur votre sein, m'a poursuivie pendant des nuits entières."

"Vingt-Quatre Heures d'une femme sensible", Constance de Salm, Phébus, 189 pp., env. 10 €

Camille Perotti

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