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22/04/2008

Michèle Halberstadt

49c2745fed0ced07400f9d0bed0c3a0e.jpgLe roman de Michèle Halberstadt porte bien son nom, “L’incroyable histoire de Mademoiselle Paradis” est une merveilleuse histoire. En lisant des biographies de Mesmer, médecin magnétiseur et musicien autrichien du XVIIIe siècle, Michèle Halberstadt a découvert l’existence de la fille du conseiller de l’impératrice Marie-Thérèse. A l’âge de trois ans et demi, l’enfant choyée se réveille aveugle : sa vie bascule. Martyrisée par les innombrables traitements que lui administreront les médecins de la cour pendant toute son enfance, elle acceptera finalement de se faire soigner par Mesmer qui lui permettra de recouvrer une vue partielle. Loin du soulagement salvateur de la guérison, la vue de ses mains sur le clavier du piano se révèle dramatique : de virtuose, elle devient simple interprète. Dès cet instant, elle choisira de prendre sa vie en mains plutôt que laisser la fatalité la guider.
Cette histoire magnifique, Michèle Halberstadt, productrice de cinéma (notamment de “Rosetta” et d’“Adieu ma concubine”) a préféré l’écrire plutôt que la filmer car elle souhaitait “être dans sa tête, se mettre dans la peau d’une aveugle, pour essayer de créer une empathie entre le lecteur et elle, qu’on voit le monde à travers ses yeux”. De la jeune fille au destin tragique, cette “victime terrible instrumentalisée” par ses parents puis par Mesmer, la romancière a créé une “héroïne, une fille qui choisit sa vie au lieu qu’on la lui impose”, et de sa cécité, “une arme”. Au lieu de l’émerveillement attendu, la découverte du monde est insoutenable, “restée dans un univers pur, l’univers de l’enfance”, la vue est ressentie comme une rupture, un passage brutal à l’âge adulte, “voir, c’est ouvrir les yeux sur le monde. Est-ce qu’il est très joli à regarder? La nature humaine est-elle passionnante et belle ?” Cet univers que Maria-Theresia von Paradis voit pour la première fois la plonge dans la confusion. Son regard d’aveugle, “lucide, avec une grande acuité”, qui lui permettait de sentir les hommes, les choses et surtout la musique avec une sensibilité qu’aucune personne de son entourage ne devinait – trop occupés par leur réputation et leur vie sociale –, elle le perd, paradoxalement, en recouvrant la vue.
“CHOISIR SON DESTIN”
Lors de son séjour chez le docteur Mesmer, un amour grandit entre la patiente et son médecin. Lui, le “magnétiseur charismatique”, elle, la pianiste virtuose, “pure, honnête, unique”. “Mesmer a sans doute inventé l’hypnose sans le savoir mais il suffisait qu’elle l’aime pour que cela marche. Ce n’est pas du magnétisme, c’est juste de l’amour.” Pour des questions d’argent, son père l’oblige à partir. Mademoiselle Paradis décide alors de retrouver son don de pianiste en redevenant aveugle. “Quelle que soit votre situation, vous avez toujours une part de liberté, on peut toujours choisir son destin. Elle l’a fait à un prix incroyable mais elle en a eu le courage.
La Vienne du XVIIIe siècle, la musique, les tourments sentimentaux, font de ce roman une histoire profondément romantique. “La difficulté, c’est d’être romantique sans être niais. Il fallait écrire dans la langue du XVIIIe tout en étant moderne.” Loin de tomber dans la futilité, Michèle Halberstadt a su traduire la violence des conflits intérieurs, des dilemnes, de Mademoiselle Paradis et la perversion des hommes “arrivistes” qui l’entourent, tout en initiant une réflexion sur la nature humaine et le libre-arbitre, la liberté de choisir sa vie. Avec émotion, d’une écriture sensible et délicate, elle conte l’amour de la musique salvatrice “qui l’a empêchée de devenir folle” en un hommage aux femmes musiciennes oubliées. Des deux cents morceaux que Mademoiselle Paradis a composés, il n’en reste qu’un, “La Sicilienne”, et un concerto que Mozart lui a dédié.
Je voulais lui inventer une liberté qu’elle n’a pas eue. Si je peux la sortir de l’oubli, ce serait formidable.
L'incroyable histoire de Mademoiselle Paradis, Michèle Halberstadt, Albin Michel, 172 pp., env. 15 € 
Article paru dans le cahier "Lire" du 25/01/2008

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