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22/04/2008

Camille de Peretti par Camille Perotti

875dd8407ab79d598d9977e1977ab819.jpgAu fond, je me donne des règles pour être totalement libre.” Cette citation de Georges Perec, en exergue de “Nous vieillirons ensemble”, Camille de Peretti en a-t-elle fait son adage?
Remarquée pour “Thornytorinx” (Belfond, 2005), roman d’inspiration autobiographique où elle contait les affres de la boulimie-anorexie, elle a commencé à s’imposer des contraintes littéraires avec “Nous sommes cruels” (Stock, 2006), où elle transpose “Les Liaisons dangereuses” de Laclos au temps des téléphones portables et des e-mails. Avec “Nous vieillirons ensemble”, c’est un nouveau défi : elle décalque “La vie mode d’emploi” de Georges Perec, sommet de l’écriture oulipienne. Le lieu, une maison de retraite dont elle a divisé le plan du rez-de-chaussée en soixante-quatre cases. A l’image du cahier des charges de Perec, elle s’est contrainte aux déplacements de lieu en fonction de la polygraphie du cavalier d’échecs puis, elle a suivi le principe du bi-carré latin orthogonal imposant des listes d’éléments à intégrer à la narration.
A première vue, l’algorithme de Perec semble compliqué, pourtant, il est possible de lire “Nous vieillirons ensemble” sans se rendre compte des contraintes formelles grâce à la fluidité de l’écriture. Plus qu’un exercice de style, Camille de Peretti offre une immersion sans pathos dans un monde à la fois familier et étranger.
UNE JOURNÉE AUX BÉGONIAS
C’est un dimanche de mois d’octobre aux Bégonias, maison de retraite de banlieue parisienne à 27000 euros l’année. Sur le lino moucheté glissent les roues des fauteuils et les petits chaussons fourrés. L’odeur mêlée de désinfectant, de céleri rémoulade et parfois, de mort, n’incommode pas les habitants, seulement les visiteurs qui accomplissent leur devoir dominical. Ici, les journées se déroulent doucement, au rythme des repas, des prises de médicaments, des émissions de télévision, des séances chez le coiffeur, et parfois, des visites. Tels le capitaine Dreyfus qui ponctue ses phrases de tonitruents “A l’abordage!” et rêve à l’évasion, la grosse Barbier en robe à fleurs, la presque centenaire madame Alma et madame Destroimaisons atteinte de la maladie d’Alzheimer, Nini attend. Excentrique, capricieuse, se plaignant sans arrêt, elle attend la visite de sa filleule, Camille, au milieu des plantes vertes en plastique. Comme dans ses autres romans, Camille de Peretti se met en scène discrètement, parce que ce sujet l’émeut.
Les dialogues sont justes, bien écrits, les paroles insipides retranscrites avec un réalisme étonnant. Comme dans une cour de récréation, les sentiments sont exacerbés: méchanceté, trahison, déceptions, amitié et amour forment le lot quotidien pour lutter contre l’ennui. Dans ce lieu de “fin de vie”, on vit au ralenti.
Comme un constat, un arrêt sur image, elle dévoile les coulisses d’un lieu qui dérange, répugne parfois, sans doute parce qu’il effraie et inquiète. Camille de Peretti dresse un état des lieux sans complaisance mais avec beaucoup d’empathie, de tendresse et d’humour. Une véritable ode aux anciens.
Critique parue dans le cahier "Lire" du 22/02/2008

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