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22/04/2008

Aurelia Jane Lee et les frontières floues

cf0a995830cd8f321f2684299335b495.jpg0447dcbeed84e07181af5260d09abb96.jpgJeune auteure de vingt-trois ans, Aurelia Jane Lee publie déjà son troisième livre chez Luce Wilquin, “L’éternité pour jouer” (158 pp., env. 15 €). Récemment récompensée pour son recueil de nouvelles “L’amour ou juste à côté” avec le prix Franz De Wever de l’Académie royale, Aurelia Jane Lee, calme et réfléchie, nimbe son roman d’un brouillard de mystère. En plein été, des petites filles se réveillent dans un merveilleux jardin. Pourquoi sont-elles là ? Quel est ce jeu ? Sont-elles mortes ? Quelle est la part de réalité et de fiction ? Bien sûr, tout n’est que décor, pourtant le doute persiste, les frontières entre la vie et la mort, l’illusion et la vérité, les joueurs et les sincères se troublent. Aurelia Jane Lee brouille les pistes pour nous emmener dans un monde onirique, le paradis ?
“L’éternité pour jouer” est très esthétique, comme un tableau ou un film…
Je me suis donné des contraintes pour rester fidèle au monde du cinéma. J’ai voulu faire quelque chose d’assez visuel et emprunter des techniques cinématographiques. Le zoom, par exemple. C’est une manière de semer des indices.
La frontière entre la réalité et la fiction est parfois floue…
J’aime créer un dialogue entre l’art et le monde réel. Il y a beaucoup à gagner à développer des mondes imaginaires et être créatif, mais aussi à rester en contact avec la réalité. Si l’on peut établir des passerelles entre les deux, c’est enrichissant, tant pour l’écrivain que pour celui qui lit ou écoute la musique. J’aime l’échange, le fait qu’il y ait des vases communicants, c’est enrichissant de passer de l’un à l’autre et explorer avec des situations de fiction. Il y a un vécu réel et un vécu que l’on se fabrique avec notre expérience artistique.
La vie et la mort aussi s’entremêlent. Qu’est-ce que la mort dans “L’éternité pour jouer” ? Un jeu ?
J’ai voulu aborder la mort d’un point de vue symbolique parce qu’on peut être vivant sur le plan organique et mort sur le plan psychique, que ce soit par une incapacité à profiter des moments présents, ou bien en vivant dans un regret perpétuel ou en se projetant sans arrêt dans un futur. On peut parfois être mort quand on n’est pas présent dans sa vie. Il y a des petits temps de deuil. Il faut pouvoir prendre la vie comme un jeu. Comme le jeu de l’enfant qui apprend à apprivoiser certaines situations de manque ou de désillusion. Les activités ludiques de la prime enfance nous construisent et nous permettent de rebondir dans notre existence. A l’âge adulte, on ne joue plus vraiment, mais on fait des expériences artistiques et culturelles. A travers ce jeu, on prend des risques mesurés, c’est une manière d’apprendre à vivre et d’affronter ses peurs, la mort, le manque, la perte.
Vous poussez le lecteur à la réflexion en troublant les limites ?
Oui, j’aime laisser le lecteur sur une certaine ouverture pour qu’il s’approprie le roman avec son propre vécu. Je n’aime pas les romans avec une situation que se dénoue totalement, un épilogue, les réponses à toutes les questions et des réflexions sur le roman. Je crois que c’est à chacun d’imaginer le destin de ces petites filles. Il y a parfois un flou pour le lecteur parce que je laisse une certaine ambiguïté. Je sème des indices pour plonger le lecteur dans la perplexité et aussi pour le pousser à la réflexion. S’il y a quelque chose de flou, le lecteur est actif dans sa lecture. C’est une manière de lui laisser sa place.
Rencontre parue dans le cahier "Lire" du 21/03/2008

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